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Virus du 3e mandat: les 5 leçons de Faure à Ouattara


Virus du 3e mandat: les 5 leçons de Faure à Ouattara

De la promiscuité naissent parfois la complicité, la perversité et le cynisme. Cette formule dépeint les forts liens qui existent entre les présidents Faure Gnassingbé du Togo et Alassane Ouattara de la Côte d’ivoire. Et, s’il est presque inutile de rappeler que les deux pays entretiennent une coopération bilatérale en matière de sécurité, il est bien plus important de préciser que l’expertise togolaise dans la gestion désinvolte d’un État, est plus sollicitée par la Côte d’ivoire. Cela s’observe sur les dix dernières années du côté d’Abidjan.

C’est un secret de Polichinelle que la plupart des forces spéciales ivoiriennes qui assurent la sécurité du président Alassane Ouattara, ont été formées au Togo, par des instructeurs togolais. L’armée togolaise bénéficiant sur le plan international d’une certaine notoriété en matière de sécurité, offre donc cette hospitalité aux forces armées de la République de Côte d’ivoire afin qu’elles se prennent au mieux dans la gestion de la sécurité intérieure et de la défense du territoire national contre des agressions extérieures.

Mais, au-delà de la coopération sus-citée, l’expertise togolaise concernant la gouvernance d’une main de fer et la longévité au pouvoir du régime togolais, cette expertise, en effet, inspire fortement la présidence ivoirienne. Car, depuis l’avènement du virus du 3e mandat sur le continent, et récemment à Abidjan, c’est le protocole observé à Lomé pour venir à bout de la situation, qui renseigne plus les Ivoiriens. Cela se vérifie dans leurs attitudes, au sein desquelles cinq (05) principalement retiennent l’attention.  

                       1- Nouvelle constitution et nouveau mandat
  Face à la volonté démesurée des chefs d’États ouest-africains de rempiler pour un 3e mandat en dépit des dispositions constitutionnelles qui ne leur sont guère favorables, ces présidents, dans leurs postures éhontées, trouvent toujours moyen d’opérer et de passer en force, en se foutant éperdument du qu’en dira-t-on.   Au Togo, lorsqu’il s’est agi d’empêcher à travers les dispositions de la loi fondamentale, le président Faure Gnassingbé de briguer un nouveau mandat (le 4e en réalité), ce dernier, se croyant plus savant que quiconque en droit constitutionnel, sort quelques petits mots : « Ne mélangeons pas les sphères politique et juridique. Les constitutions disposent pour l’avenir, non pour le passé ». Alors, se trouvant dans la même situation que son homologue togolais à la seule différence que lui, roule pour un 3e mandat et que le débat autour de la constitutionnalité de sa candidature se pose avec acuité, Alassane Ouattara, le chef de l’État ivoirien laisse l’humanité apprécier son pédantisme en ces termes : « Qui peut oser dire qu’il connait mieux la constitution que moi ? », s’est-il demandé, disant quelques jours plus tôt qu’il ne voudrait pas rentrer dans ce faux débat de la constitution. « Birds of a feather flock together ». (Les oiseaux de même plumage volent ensemble).   C’est donc clair que le président Alassane Ouattara veut aussi tutoyer le chaos, en voulant imiter le Togo. Déconfit !  
                            2- Annonce de candidature
  Le forcing fait, il va falloir achever l’œuvre pour laquelle, ils se sont battus en se taillant une constitution sur mesure, c’est-à-dire, annoncer leur nième candidature nonobstant les contestations de l’opposition. Et puisque dans ce genre d’exercice, le président Faure a plus d’expérience que le président Ouattara, l’Ivoirien cherchera toujours à marcher sur les pas du Togolais.

Jouant la montre, dans le seul but de faire monter l’adrénaline au niveau des militants et chez les partisans du régime, le président Faure Essozimna Gnassingbé (FEG) a attendu jusqu’à moins d’un mois de l’ouverture de la campagne présidentielle avant d’accepter être à nouveau candidat : « Je dis oui », a-t-il lancé devant les militants et sympathisants de son parti, UNIR. « J'ai été informé du souhait des militants de me voir porter encore les couleurs de notre parti à l'élection présidentielle, j'ai les remerciés et, en toute humilité, j'ai accepté », avait-il déclaré après l’investiture. Ayant tout suivi, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO), a également demandé aux militants et sympathisants de son parti, RHDP, de lui accorder « un temps de réflexion ». Puis, à quelques jours de l’ouverture de la campagne présidentielle, il fait aussi cette déclaration : « Qui suis-je pour refuser l’appel de mes concitoyens ? ». ADO dit « OUI ». Le vieux apprend vite !  
                          3- Compteur à zéro
  Avoisinant les 80 ans du Prof. Alpha Condé, l’autre épouvantail des Guinéens, Alassane Ouattara ne compte vraiment pas s’arrêter en si bons chemins, c’est-à-dire au nouveau mandat pour lequel il se bat aujourd’hui et dans un contexte politique assez difficile et où la paix et la sécurité intérieures de la Côte d’Ivoire sont menacées. Si Dieu le veut, et si rien d’extrêmement grave ne se reproduise dans le pays comme en 2002 avec la sortie d’un mouvement rebelle, alors, Ouattara briguera un nouveau mandat sous réserve d’être physiquement au point. Ce sera, en effet, son 4e mandat quand Faure roulera pour son 5e. Pour preuve, les deux hommes politiques ne cessent de claironner que les mandats déjà réalisés (2 pour ADO, 3 pour FEG), sont à mettre au compte de pertes et profits.   Pour tout résumer, l’on parlera du : « compteur à zéro ». Il s’agit là du 1er mandat que l’un ou l’autre réalise ou réalisera pour le compte d’une nouvelle constitution adoptée. C’est croire que le mal africain est bien plus profond que nul ne peut l’imaginer.  
                         4- Sortie de milice
  Irrités par la situation, les Togolais, au temps des envies du président Faure Gnassingbé de briguer un 3e puis un 4e mandat, sont sortis nombreux dans la rue pour manifester. Mais, ils ont été pris pour cibles par des miliciens du régime, déchaînés tels des fauves affamés pour s’en prendre aux manifestants dans une rare violence. La même scène a été observée en Côte d’Ivoire après l’annonce du président Alassane Ouattara de rempiler à la tête du pays. Des microbes (une appellation d’origine bien contrôlée pour désigner les miliciens ivoiriens) sont sortis pour foutre du bordel dans les quartiers. Faut-il le rappeler, sortir une milice pour opérer à côté des forces régulières, reste une marque déposée du Togo.  
                      5- Un coup K.O
  La finalité de toutes ces peines que se donnent ces deux présidents, est de s’éterniser au pouvoir. Rester assis dans le fauteuil présidentiel aussi longtemps que Dieu le voudra. C’est en réalité, leur plus profond désir. Puis, pour se faire plus plaisir, ils affectionnent la roublardise en faisant croire à l’opinion internationale qu’ils restent très populaires dans leur pays. Alors, lors des élections, ils déroulent des stratégies controversées pour tricher et annoncer qu’ils ont gagné haut la main ces élections. Mais bien avant, ils prennent soin de préparer les esprits à cette éventualité en convoyant lors des meetings politiques, des populations appauvries à dessein et à qui ils distribuent de petits billets de banque pour les faire chanter à la gloire de l’empereur. Si au Togo, cet exercice vaut 2000 francs CFA, le billet bleu comme on le dit à Lomé, à Abidjan, l’on parle de 2500 par personne. Ainsi, au dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020 au Togo, le Doyen des chefs d’État de la CEDEAO, Faure Gnassingbé disait : Un coup K.O. Et à la fin du processus électoral, il est annoncé vainqueur du scrutin avec plus de 70 pourcents des suffrages exprimés.

Comprenant bien la leçon à lui enseigner par Faure Gnassingbé, soit la stratégie de la gagne perpétuelle, lors de son investiture au Stade Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara brandit une pancarte sur laquelle il est écrit : Un coup K.O. Le candidat du RHDP est allé plus loin en annonçant qu’il a eu plus d’un million de parrainage pour sa candidature au lieu de 35 mille prévus par le code électoral. C’est, si vous en doutez, pour déclarer plus tard qu’il a gagné les élections présidentielles avec un score écrasant, malgré toutes les irrégularités constatées.

C’est de cette manière que le Togo continue d’inspirer dans le mal, plusieurs États de la sous-région. Car, en citant entre deux phrases le nom de son homologue togolais, le vieux président Alpha Condé (82 ans), candidat pour un 3e mandat, a déclaré très mécontent : « La question que je me pose, c’est que vous avez des présidents qui ont fait quatre, cinq, six mandats et vous trouvez cela normal. Quand c’est le président de la Guinée, cela devient un scandale ».

Que la Providence veille sur l’Afrique !

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