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Togo : Le risque d'une lutte linéaire


Togo : Le risque d'une lutte linéaire

L’échec, c’est de rester là où on est tombé. Cette pensée appelle à une attitude positive devant des situations auxquelles l’on est confronté et dont seule la perception de l’homme décline comme un échec, car en vérité, il ne s’agit que du leurre si et seulement si l’on est conscient de tout reprendre. Le 19 août 2017, des démocrates togolais ont entrepris une nouvelle campagne politique, peut-être plus ardue et avec un peuple décidé et plus engagé pour l’Alternance et le Changement. Seulement, le coup de force électoral du 20 Décembre 2018 se désormais dresse comme une stèle aux espoirs perdus. Mais que nenni ! Il faut remettre l’ouvrage sur le métier parce que pour l’instant, rien n’a été obtenu. Bien avant, l’on ne saurait appendre assez des erreurs du passé.   Le 19 août 2017 et tous ses corollaires resteront à jamais gravés dans l’histoire politique de la nation togolaise comme le début d’une énième marche du peuple togolais contre la dictature. Cependant, cette lutte semble connaître le sort des anciennes vu qu’en dépit des contestations populaires et autres soubresauts politiques connus, le régime togolais ayant en un moment vacillé, Faure Gnassingbé et ses préposés ont quasiment repris du poil de la bête pour se réorganiser et se refaire. Ainsi, au-delà de tous les pronostics en leur défaveur, ils en sont parvenus à organiser le coup de force électoral du 20 Décembre 2018, c’est-à-dire la tenue des « élections » législatives quoique contestées mais crédibilisées par la CEDEAO. Il ne reste qu’au peuple togolais défié et blessé dans son amour-propre de se réorganiser et aussi se réinventer. Car, ses revendications demeurent parce que de la nouvelle lutte impulsée par le PNP le 19 août 2017 jusqu’à présent, rien de rien n’a été obtenu par les forces en lutte malgré tous les efforts consentis. Il faut donc se refaire. Bien avant, il va falloir corriger les erreurs du passé et bien s’organiser parce que le régime Gnassingbé, reste l’une des dictatures africaines qui peut être battue dans les urnes, à condition que les acteurs qui animent la classe politique de l’opposition se prennent au sérieux dans sa lutte.   Nécessité de sortir de la lutte linéaire…   « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » déclarait le Physicien américain d’origine allemande, Albert Einstein avant que le Philosophe hispano-américain George Santayana ne puisse ajouter : « Les peuples qui ne réfléchissent pas sur leur passé sont condamnés à le revivre ».

En effet, en vingt-et-huit (28) années de lutte politique sans succès, même s’il faut reconnaitre que le régime togolais s’incruste en usant des armes contre le peuple, corrompt les institutions sous régionale et internationale grâce son pouvoir financier, brade les richesses du pays pour le soutien des multinationales, l’opposition togolaise n’est aussi pas exempte de tout reproche durant ces 28 années de lutte aux méthodes antiques et quasi-identiques. Inutile de rappeler les fréquentes trahisons dans ses rangs ou de revenir sur les querelles intestines ou byzantines qui souvent polluent l’ambiance en son sein. Le comble sinon l’impression qui aujourd’hui se dégage, est que certains opposants ne sont jamais animés d’un esprit de lutte pour la libération nationale. Des calculs politiciens sous l’autel des intérêts sordides et inavoués dominent les rangs puisque plusieurs ne sont devenus des crésus que grâce à la politique. Ainsi arborent-ils la toge d’opposants carriéristes que de vrais hommes d’Etat épris de justice pour les opprimés.

Si le régime Gnassingbé a pu autant durer au pouvoir, c’est parce qu’il s’est donné les moyens de sa politique ou qu’il a mis les moyens. Et l’analyse de la situation, surtout avec l’actuelle lutte politique qui semble perdre d’attraits, est qu’il faut des moyens pour cette opposition afin d’arriver à bout de la monarchie rampante au Togo. Aussi est-il clair que ce n’est pas des gens miséreux ou les crève-la-faim qui doivent remplir les rangs de l’opposition. Leur mission première consisterait à se remplir d’abord le ventre avant de passer à l’Alternance. Ce ventre pourrait les orienter sur la piste de sabotage de la lutte du peuple. C’est même une évidence. Les exemples sont légion. Inutile de donner des noms.

« L’argent ou les moyens, de manière générale, est le vrai handicap de la lutte politique au Togo. Non seulement que l’argent est le nerf de la guerre, mais aussi, il demeure indispensable si on veut faire disparaitre la dictature, »
lit-on dans le livret du parti Togo Autrement. Aussi est-il écrit que : « Tout le monde sait que partout ailleurs, la conquête du pouvoir nécessite un investissement matériel, qui n’est pas l’apanage des pauvres, dont le combat consiste à rechercher la pitance de tous les jours ». C’est croire que si l’opposition n’a pas les ressources financières nécessaires, la victoire sur des gens qui font tout et donnent tout pour conserver le pouvoir sera compliquée. Les derniers évènements politiques au Togo avec des instances sous régionale et internationale qui, de manière voilée et ce depuis des années, prennent fait et cause pour le régime Gnassingbé, en disent long sur la question de moyens. Cependant, à défaut d’avoir de véritables crésus au sein de l’opposition pour inverser la tendance, il est important de faire comprendre ce langage à tous : Nous sommes dans un monde relationnel avec une loi qui oblige que tu aies quelqu’un avant d’être quelqu’un. Les peuples en lutte qui l’ont vite compris, se sont émancipé des dictatures. Quid du Togo ?

Aujourd’hui, la logique politique de l’opposition togolaise dans son ensemble, oblige certains à penser que c’est plutôt elle qui déroule le tapis rouge au pouvoir togolais dans son bail à vie sur le Togo. Sinon, comment comprendre que pendant 28 années de lutte démocratique contre le régime Gnassingbé qui n’a jamais changé de système de jeu ou qui n’est jamais ingénieux en de multiples stratégies insaisissables, l’opposition togolaise n’est jamais arrivée à arracher véritablement la victoire à son adversaire politique ?

Depuis des lustres, du RPT à UNIR, le régime du père en fils n’a que trois systèmes de jeu : Lorsqu’il y a des élections, il fait tout pour frauder et conserver le pouvoir. Lorsqu’il se trouve dans une situation embarrassante où les textes qui régissent la République risquent de se retourner contre eux, soit, ils violent au vu et au su du public ces textes ou s’ils veulent être gentils, ils font tout pour les modifier et se donner le profil des démocrates. Dernier système de jeu, lorsque ce régime sait qu’il est en grand danger ou qu’il est fortement menacé et que le pouvoir risque de tomber, il s’impose en usant des armes. C’est les mêmes systèmes depuis des décennies vu que les coachs sont aussi restés les mêmes, Charles Debbasch, Solitoki Esso, Barry Moussa Barqué, Fambaré Ouattara Natchaba, etc. l’opposition qui a aussi gardé en son sein quasiment les mêmes lutteurs au même titre que les conservateurs et « confiscateurs » du fauteuil présidentiel, n’arrive pas à trouver de bonnes formules pour contourner ces systèmes de jeu et gagner son adversaire. « L’échec de l’opposition togolaise vient du fait qu’elle ne s’est, en réalité, jamais donné les moyens d’une politique révolutionnaire destinée à chasser les ennemis du peuple togolais. D’où vient cette faiblesse récurrente à toujours recourir à la CEDEAO traîtresse qui s’est transformée en chien de garde de la Françafrique. Le légalisme ne peut être une finalité en soi dans une lutte libératrice contre le despotisme. Dans une lutte révolutionnaire, les contre-révolutionnaires ne peuvent pas imposer aux démocrates les armes de leur combat. Tant que le choix du terrain et des armes sera fixé par eux, ils s’éterniseront au pouvoir avec toutes les conséquences dramatiques pour notre peuple. Ils continueront à fusiller lâchement des enfants ».

Cette réflexion précitée du Prof. Apédo-Amah doit interpeller ceux qui aspirent à conduire le peuple à la victoire, à changer de stratégies. Car pour l’heure, le peuple cède progressivement au fatalisme puisque dans les têtes, s’instaurent dorénavant le doute et la lassitude devant la situation. Le régime quant à lui, semble reprendre le contrôle de la situation. D’où l’ère d’une remise en question de la classe politique de l’opposition pour véritablement libérer le Togo.

Sylvestre BENI

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