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Togo : De la répression à la traque des opposants


Togo : De la répression à la traque des opposants

Le scrutin présidentiel du 22 février 2020 qui a plongé le Togo dans une nouvelle crise post-électorale, continue de faire des vagues dans le pays et de créer des ennuis aux populations, surtout celles qui tentent la résistance contre le régime du président Faure Gnassingbé. C’est-à-dire qu’à la tradition de la contestation des résultats proclamés par la CENI, la commission en charge des élections, se heurtent à des violences et autres violations des droits de l’homme. Des Leaders de l’opposition, des militants, des sympathisants, bref des manifestants contre le pouvoir togolais, traqués, molestés et emprisonnés, c’est la routine au pays des Gnassingbé.

Le Togo a renoué avec la violence au sortir de la présidentielle du 22 février 2020. Coutumier du fait, ce petit pays ouest-africain dirigé d’une main de fer par une seule famille au pouvoir depuis plus de 50 ans, se singularise par la brutalité de sa soldatesque qui, rappelons-le, avait, en 2005, installé l’actuel président, Faure Gnassingbé, au pouvoir à la suite d’un sanglant coup d’état. Des douloureux évènements qui se sont succédés après ce coup d’état meurtrier, et la tenue du scrutin présidentiel en cette année-là, ont provoqué la mort de 400 à 500 personnes d’après le décompte macabre enregistré par les Nations unies dans son rapport d’enquête indépendante.

S’agissant de la présidentielle du 22 février 2020, à l’appel de l'archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro pour manifester, dénoncer les fraudes électorales qui ont émaillé ce scrutin et exiger la reconnaissance de la victoire du candidat Agbéyomé Messan Kodjo, dans une cruauté sans précédent, la Police et la Gendarmerie ont réprimé la manifestation dans le sang, bien que les personnes du troisième âge y prenaient part.  

L’usage excessif de la force armée dans le maintien de l’ordre amène la Conférence des évêques du Togo, a condamné « la brutalité dont font preuve les autorités d’une situation qui est avant tout politique. Chaque citoyen a le droit et le devoir de manifester sa désapprobation devant l’injustice et l’oppression », écrivent les évêques qui invitent les autorités judiciaires à relâcher l’opposant Agbéyomé Kodjo, qui conteste la régularité de cette élection qui offre un 4e mandat à Gnassingbé Faure, le fils du président défunt, Gnassingbé Eyadema.

De l’emportement des évêques à l'indignation collective contre le régime, ce dernier répond par la force brute des militaires qui se complaisent dans des arrestations arbitraires, l’objectif étant de semer la psychose dans les esprits, afin de faire taire les contestations. D’ailleurs quelques jours avant le scrutin, plus d’une trentaine de jeunes proches de l’opposition, notamment des militants et sympathisants du PNP de l’opposant Tikpi Atchadam, ont été arrêtés par la Police togolaise, et accusés d’appartenir à un mouvement de révolution pour déstabiliser les institutions de la République selon les déclarations du ministre de la sécurité, le général Yark Damehame. Devant la presse, la Direction Générale de la Police présente des fusils de chasse, des flèches, des lance-pierres, des couteaux, des gris-gris… qui seront utilisés par les jeunes révolutionnaires pour « déstabiliser » le Togo. C’est un pis-aller du régime pour arrêter de pauvres innocents, analyse l’opposant Nicodème Habia, président du parti Les Démocrates, ancien député à l’Assemblée nationale qui conclut sa réflexion en ces termes : « Que le gouvernement du Togo, arrête son cinéma ».

Au Togo où les populations du nord sont majoritairement agriculteurs, éleveurs ou chasseurs, pourquoi les traquer et les interpeller au motif qu’ils ont en leur possession des armes blanches précitées et des amulettes ? Une question que se posent nombre de Togolais. Cette ambiance délétère contraint plusieurs jeunes à prendre le maquis pour éviter de se faire arrêter à la suite des descentes inopinées des forces de l’ordre dans certaines localités du pays. C’est le cas du jeune Tompoudi Boukary Awaly qui, d’après les indiscrétions, est recherché par les forces de sécurité parce qu’on aurait retrouvé chez lui, une arme blanche, notamment, un fusil de chasse. Avant lui, plusieurs autres noms : Hounsi Ekue Wilfreed, Akou-Edi Mehiwa, Salifou Moussillim, Gan Yaovi, Gbati Kossivi… ont fui leur localité à cause de la traque des jeunes de l’opposition. Si les opposants, Agbéyomé Kodjo, Tikpi Atchadam, le Commandant Olivier Amah, l'archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro sont aujourd’hui en exil, l’arrestation le 29 avril 2021 de l’opposant Djimon Oré, ancien ministre de la communication, accusé d’outrages envers les représentants de l’autorité publique à la suite d’une interview… tous ces faits ne sont pas de nature à dissiper l’anxiété des Togolais.

Pour ce qui est des « détenus politiques », la situation n’est guère rose : « … des informations concordantes, persistantes, crédibles et alarmantes nous parviennent que les détenus politiques sont en danger de mort, une mort en série inévitable presque programmée et déclarée au sein de ces compatriotes femmes et hommes détenus arbitrairement par une pratique extrajudiciaire », écrivait le parti de Salifou Tikpi Atchadam.
Pour rappel, la trentaine de jeunes arrêtés, a été déférée à la Prison civile de Lomé sans aucune forme de procès. Le 26 novembre 2020, l’un des leurs, en la personne de Djima Saïbou est décédé en prison. Aussi, du fait des difficiles conditions de détention, d’après nos informations, plusieurs de ces jeunes écroués dans le cadre du fameux mouvement de révolution, sont en passe de perdre la vue. Des faits qui en rajoutent à la psychose générale alors que le bout du tunnel est encore long.

Un an après l’investiture du président Faure Gnassingbé le 03 mai 2020, la situation politique au Togo demeure tendue et, les populations ne sont pas au bout de leurs peines.

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