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Robert Dussey pour un 4e mandat de Faure: L’Afrique [vraiment] malade des hommes politiques


Robert Dussey pour un 4e mandat de Faure: L’Afrique [vraiment] malade des hommes politiques

Le 25 juillet 2019, en visite au quai d’Orsay à Paris, et dans une posture de porte-parole du gouvernement, Robert Dussey, le Ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, a annoncé le 4e mandat de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Pour beaucoup, cette annonce est la confirmation qu’au sein du parti UNIR, la plupart des membres ne réfléchissent que par dérogation et par instinct grégaire. Mais, venant d’un intellectuel comme Robert Dussey, beaucoup se posent mille et une questions sur la probité de l’homme.

Au micro de RFI, 25 juillet, le Ministre Dussey répond à ceux qui s’interrogent sur un énième mandat de Faure Gnassingbé : « Je ne vois pas comment il ne peut ne pas être candidat. Il doit être investi par le parti pour être candidat. Mais je pense que le président a tout intérêt, vu le travail excellent qu’il est en train de faire, de continuer à la transformation politique, économique et social du Togo, » a-t-il déclaré. Cette réponse, suscite d’autres interrogations.
Robert Dussey fait-il preuve d’hypocrisie intellectuelle ou de la flatterie des temps anciens ? L’évidence ici, est que si en aparté, c’est-à-dire hors micro et caméra indiscrets, on repose la même question sur le 4e mandat de Faure Gnassingbé à l’écrivain Robert Dussey, l’auteur de l’ouvrage : « L’Afrique malade des hommes politiques » (Edition Jean Picollec, Paris 2008), M. Dussey, ne pourra avec la même fougue, même détermination, trouver des mots justes ou des formules raisonnables pour souhaiter que le fils d’Eyadema rempile pour un 4e mandat à la tête d’un État où la majorité de la population longtemps laissée affamée, est depuis fatiguée de son président.

Dans ce sens, la probabilité qu’il maintienne sa position du 25 juillet 2019 est très faible, mais le contraire, étonnerait plus d’un et serait une profanation de sa propre intelligence puisque M. Dussey soutenait dans son ouvrage que « la démocratie est le seul système qui vaille pour l’Afrique ». Mais, « pour que la démocratie progresse en Afrique, il faut nécessairement limiter les mandats (présidentiels) à deux ou à trois, » a déclaré Faure Gnassingbé devant la caméra de la Deutsche Welle. Cette moralité du
président togolais est une définition primaire de la démocratie qui doit être implémentée dans tout État normal qui veut se développer.

Philosopher, c’est comprendre que nul n’a le monopole de la philosophie, et en aucun cas, nul ne nous ferait des procès s’agissant de cette reprise morale. Car, partout sur cette terre, nul n’a le monopole de la connaissance et du savoir. Donc dire que « le président a tout intérêt, vu le travail excellent qu’il est en train de faire, de continuer à la transformation politique, économique et social du Togo, » c’est se mettre en rang, se mettre au milieu et au niveau de ceux qui applaudissent un « champion » qui peine depuis bientôt 15 ans à assouvir les besoins primaires des populations togolaises. Il vaut mieux se méfier du culte de la personnalité parce que c’est un exercice très dangereux qui tue la science, qui tue l’intelligence, qui tue l’homme et son intellect. Que le Ministre Dussey quitte rapidement ce terrain au risque d’être considéré comme n’importe qui. Sans Faure Gnassingbé, même lui, Robert Dussey et d’autres milliers de Togolais sont capables d’assurer l’avenir ou le devenir de la nation togolaise. D’ailleurs, c’est du changement qu’on évalue la différence.

En clair, cette fixation sur la personne de Faure Gnassingbé sans qui, la vie pourrait s’arrêter au Togo, est une comédie sous les tropiques. Certes, la constitution modifiée du 08 mai 2019 donne la possibilité au président togolais de briquer deux autres mandats jusqu’en 2030. Mais, dans les mêmes conditions au Burundi, Pierre Nkurunziza qui
peut rester au pouvoir jusqu’en 2034 s’il est réélu lors de la prochaine élection présidentielle, a, quant à lui, annoncé tôt en juin 2019 qu’il quittera la présidence en 2020, c’est-à-dire à la fin de son actuel mandat. Pour assumer sa responsabilité, le président Nkurunziza n’a pas attendu une quelconque décision de son parti avant de se prononcer sur son avenir politique. Le bon sens devait être la chose la mieux partagée au monde. Que chacun se conforme aux règles de la morale qui élève l’esprit.

2020 : le mandat du risque

« Difficile de penser donc qu’après 15 ans passés au pouvoir, le Président Faure Gnassingbé puisse continuer par incarner l’avenir du Togo après 2020. Raisonnablement, il a déjà fait son temps. Pour son bien, dans l’intérêt de son parti et de tout le pays, il devrait laisser une autre personne de UNIR compétir contre les autres candidats issus de l’opposition et/ou de la société civile en 2020. Ensuite, tout faire pour que les règles du jeu soient claires, transparentes et favoriser une réelle compétition »
écrit André Kagni Afanou. Ancien Directeur exécutif du Collectif des Associations contre l’Impunité au Togo (CACIT), M. André Afanou pense que le geste prouvera au monde entier que l’actuel président n’est pas comme son feu père, Gnassingbé Eyadema, celui-là qui a dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans. « C’est alors que Faure Gnassingbé serait légitiment considéré comme le père de la Démocratie togolaise, une démocratie qui aura vraiment progressé, » conclut-il.

Le vœu de ce défenseur des Droits humains tourne court quand sur le plateau de la BBC en juin 2019, et concernant la question sur sa possible candidature en 2020, le président togolais déclare : « Je ne sais pas encore. Je crois qu’il y a encore quelques mois de réflexion et après je verrai ce que mon parti politique décidera…
si j’ai la possibilité de me représenter constitutionnellement, je prends acte et au moment venu je prendrai ma décision ». Une réponse qui cache mal les ambitions de celui qui a envie de rempiler pour un 4e, voire un 5e mandat. Car, connaissant le fonctionnement du parti au pouvoir, aucune personne en son sein n’est capable de demander au président de choisir, après trois mandats successifs, son dauphin pour continuer à la tête de l’Etat. C’est la dictature de la pensée unique qui y est développée. Pour preuve, tous ceux qui ont été soupçonnés de vouloir briguer la magistrature suprême, ont été vite anéantis. Kpatcha Gnassingbé, Pascal Bodjona, etc. sont des témoignages vivants.

Mais, s’il est évident que par les méthodes habituelles de fraude et de braquage des urnes pour se proclamer vainqueur, Faure Gnassingbé arrivera à être encore président de la République Togolaise en 2020, il est aussi évident que l’exercice de ce 4e mandat ne sera pas l’un des plus faciles pour le demi-frère de Kpatcha Gnassingbé. Parce que les évènements du 19 août 2017 ne sont pas totalement dissipés comme certains ministres de la République tentent de le faire croire à l’opinion internationale dans un slogan choisi : « la crise est derrière nous ».

Un peuple qui aspire à l’alternance et au changement n’abdique jamais. C’est une vérité de la Palice. Du fait des évènements du 19 août, le Togo est devenu un volcan en gestation, et par ricochet, le pouvoir de Faure Gnassingbé est assis sur un volcan qui a enfoui en son sein de grandes frustrations. Le réveil de ce volcan signifiera le début de l’alternance tant souhaitée par les peuples en lutte. Ceci n’est pas un conte de fées car, tous savent que Faure Gnassingbé est depuis vomi par une majeure partie du peuple togolais. Mais, du fait de la peur de l’inconnu, le fils de feu Gnassingbé Eyadema s’accroche au pouvoir comme ce fut le cas de son père qui, à certaines périodes de soubresauts politiques, manifestait son envie de renoncer au pouvoir.

Au demeurant, il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent. La maxime est connue de tous. Et pour la gouverne du président togolais, il faut aussi lui rappeler une autre : « Celui qui te conseille d’acheter un cheval ventru, ne t’aidera pas à le nourrir ».
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende !

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