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REJADD, ONU, CNDH, HCDH, Amnesty international, Afrobaromètre - RPT-UNIR : La phobie des rapports


REJADD, ONU, CNDH, HCDH, Amnesty international, Afrobaromètre   - RPT-UNIR : La phobie des rapports

Au Togo, l'actualité politique est aussi marquée par le dernier rapport d'enquête de l'ONG Afrobaromètre, cet institut assez connu dans plus d'une trentaine de pays africains pour le sérieux de ses sondages. Ainsi, le 19 avril dernier, cet institut a révélé à l'opinion nationale et internationale la volonté de la majorité du peuple togolais de tourner la page de Faure Gnassingbé à la fin de son 3e mandat en 2020. Un rapport qui n'est pas du goût du régime togolais comme à l'accoutumée, le RPT-UNIR ayant de par le passé, battu en brèche les multiples rapports d'enquête des institutions internationales qui épinglent la gouvernance des Gnassingbé. Mais cette fois-ci, en attendant que les ténors du régime ne se prononcent ouvertement sur ce sondage, ce sont les partisans du régime qui se font plus entendre.

Les résultats du septième sondage du réseau de recherche panafricain Afrobaromètre, ont été rendus publics le jeudi dernier à Lomé. Un sondage qui a abordé les questions liées aux fondamentaux de la crise togolaise, notamment la candidature de l'actuel président Faure Gnassingbé en 2020, la limitation du mandat présidentiel et le retour à la constitution de 1992.

Sur un échantillon de 1200 individus représentatifs de la population togolaise selon les responsables du CROP, (la structure qui a réalisé le sondage en novembre 2017), il en ressort que 70% des togolais ne veulent plus que Faure Gnassingbé briguent un nouveau mandat en 2020. Plus surprenant, 53% des militants de UNIR ne veulent non plus voir le président de leur parti à la tête du Togo après 2020. Enfin, 09 togolais sur 10 soit 87% de la population souhaitent la limitation du mandat présidentiel à deux. Des résultats qui réaffirment cette volonté exprimée de vives voix par les populations togolaises lors de la tournée nationale de dame Awa Nana Daboya, Présidente de la commission des réformes, Présidente du HCRRUN et Médiatrice de la République.

Aussitôt après la publication des résultats du sondage, les partisans du régime se livrent à une attaque en règle contre Afrobaromètre. « Il est temps qu'on arrête de tromper les togolais et l'opinion internationale Où est-ce que Afrobaromètre a trouvé ses chiffres ? Il est temps d'éviter l'intoxication et mensonges pour laisser les togolais choisir par les urnes leur propre président. C'est après une élection qu'on pourra affirmer et confirmer les résultats d'un sondage si non, le reste c'est des illusions, » dégaine un partisan de UNIR. C'est un « Sondage de merde, » soutient un autre partisan du régime avant d'ajouter que le sondage est fait dans un bastion de l'opposition avec des participants minutieusement choisis en amont et sur les forums des réseaux sociaux, proches de l'opposition. Quel résultat espériez-vous ?, se demande-t-il avant de conclure : « A chacun son sondage, tous les véreux viennent profiter de la crise et faire du chantage ».

Cette attitude des hommes du régime ne date pas d'aujourd'hui, tant s'en faut ! Le pouvoir togolais semble développer une certaine phobie vis-à-vis des rapports qui ne lui sont pas favorables. Qu'ils soient des institutions nationales ou internationales, le RPT-UNIR attaque systématiquement les rapports accablants et nie les faits allégués. Le cas le plus récent, c'est le rapport du REJADD sur les troubles sociopolitiques déclenchées depuis le 19 août 2017 au Togo, les violences et les personnes décédées lors des manifestations. Le patron du REJADD est arrêté et emprisonné. Il est poursuivi pour « propagation de fausses nouvelles, outrage aux autorités et appel au génocide ».

Aussi se rappelle-t-on qu'après le procès « d'atteinte contre la sûreté intérieure de l'État », il était convenu que des enquêtes soient ouvertes afin de vérifier les allégations des détenus sur les cas de torture ou traitements cruels, inhumains et dégradants à eux infligés dans les locaux de l'ANR et éventuellement, situer les responsabilités. La tache a été confiée à la CNDH. Curieusement, on se réveille un beau matin avec deux rapports de la CNDH sur les media, l'un affirmant les cas de torture et l'autre les niant. Finalement, c'est le président de la CNDH, Me Koffi Kounté qui a réussi à fuir le pays pour se refugier en France, qui va rétablir la vérité des faits : « La Commission Nationale des Droits de l'Homme a adopté à sa séance plénière du 15 février 2012 le rapport sur les allégations de cas de torture faites par les personnes détenues dans le cadre de la procédure ouverte pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Contrairement à ce qui a été adopté, le gouvernement a fait publier un rapport travesti obtenu sur menaces. La commission, fidèle à sa mission, tient à établir la vérité et publie par la même occasion le rapport dans sa forme originelle » pouvait-on lire sur le site de la CNDH. Le rapport « authentique » confirme des « actes de violences physique et morale à caractère inhumain et dégradant » sur des détenus.

D'une affaire à une autre, en janvier 2013, des incendies ont ravagé les grands marchés de Kara et de Lomé. Des jours plus tard, l'Assemblée Nationale lève l'immunité du président de l'OBUTS, Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre et ancien Président du Parlement, afin qu'il puisse être auditionné dans le cadre de cette affaire, aux côtés d'autres membres de l'opposition dont Étienne Yakanou, un militant de l'ANC, décédé lors de sa détention. En se référant au rapport 2014 d'Amnesty International (AI) : « Les forces de sécurité ont infligé des actes de torture et d'autres mauvais traitements à des personnes en détention provisoire. Parmi les victimes figurait Mohamed Loum. Arrêté à la suite des incendies des marchés, il a été battu et soumis à un simulacre de noyade alors qu'il se trouvait aux mains de la gendarmerie. À plusieurs reprises, il a aussi été menotté pendant de longues périodes, souvent 24 heures d'affilée et privé d'eau et de nourriture ».

Et comme à la suite du rapport de la CNDH en 2012 et du HCDH en 2013 qui condamnent les violations des droits de l'Homme au Togo, le gouvernement dénonce la fiabilité du rapport de l'AI. « Le tableau qui a été peint a été trop noir et trop désobligeant pour notre pays. On ne peut se fonder sur des allégations sans même chercher à faire des recoupements des informations », a déclaré le Ministre des Droits de l'Homme, Me Hamadou Yacoubou. Aussi faut-il rappelé que le nombre de 400 à 500 morts retenu dans le rapport d'enquête de l'ONU sur la tragédie de 2005, a été contesté par le pouvoir togolais au motif que ladite mission, « n'a mené aucune investigation détaillée et approfondie permettant d'établir la véracité des allégations portées à sa connaissance ».

Pour enfoncer le clou, Abass Bonfoh alors Président de l'Assemblée Nationale a soutenu en 2010 qu'il n'a pas eu de morts en 2005 : « Quand vous racontez qu'il y a eu des morts au Togo, quels morts, où ont-ils été enterrés et qui s'en était plaint ? Ce ne sont que des histoires auxquelles je ne crois pas, parce que je n'ai rien vu de la sorte, pas un seul mort [ ] Qu'on nous montre les morts ou les fosses communes dans lesquelles ils sont enterrés. Je n'ai vu aucun cadavre ». Un régime ancré dans le déni de la vérité.

En attendant la version officielle des ténors du pouvoir RPT-UNIR, pour, sauf surprise, rejeter en bloc les résultats du sondage d'Afrobaromètre, les partisans de Faure Gnassingbé s'élèvent déjà sur les réseaux sociaux contre un sondage qui, il faut l'avouer, mettra leur « champion » mal à l'aise. Car, apprendre que 53% des militants UNIR ne veulent plus le voir président du Togo après 2020, cela doit être sidérant, énervant et révoltant. Voyez-vous le rapport ?


Sylvestre BENI

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