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Réformes au Togo : Faure et ses députés porteront la responsabilité devant l’histoire


Réformes au Togo : Faure et ses députés porteront la responsabilité devant l’histoire

Au Togo, l’attente a été longue, très longue. De grands espoirs se nourrissent de multiples promesses du pouvoir togolais qui obligeait presque les populations à ne vivre que dans l’espérance. Au final, la montagne accouche d’une souris. Des réformes au rabais ont été proposées et adoptées par le régime en complicité avec ses députés nommés au grand dam des populations togolaises qui croyaient encore au miracle après Jésus-Christ. Des années de construction d’une vie de paix et de stabilité politique voulues par la majorité s’écroulent comme un château de cartes. Le Président Faure Gnassingbé, en dépit de ses multiples mandats, a encore du boulevard devant lui juste parce que des députés autoproclamés l’ont voulu. L’histoire n’est pas ingrate.

La déception est grande. Elle se lisait sur les visages de ceux qui croyaient encore au miracle des temps nouveaux. Malheureux ! Ils auraient dû se plier à la réalité.

Mais le revers de la situation, c’est bien ces « députés » de la 6e législature qui ont aussi manqué une énorme occasion de retrouver une certaine légitimé auprès des populations togolaises qui les considéraient presque comme de porte-malheurs. Le grand boycott des élections législatives unilatérales du 20 décembre 2018 est encore vivace dans les esprits et, il en dit long.

En effet, la nuit du 8 au 9 mai 2019 au Togo, restera gravée dans la mémoire de la majorité consciente comme un mauvais souvenir analogue à celui du 30 au 31 décembre 2002, où la Constitution togolaise plébiscitée en 92, a été tripatouillée pour la première fois par le régime togolais avec la complicité d’une Assemblée nationale monocolore. L’histoire retiendra que le second tripatouillage a été aussi fait une nuit encore avec la complicité d’une autre Assemblée nationale partisane du fait des députés aux ordres du Patron. Les noms des acteurs qui ont siégé, apportant leur caution à cette forfaiture contre le peuple togolais, seront aussi retenus dans les annales de l’histoire au cas où…Car, c’est depuis 2004 que la majeure partie des Togolais s’évertue à redonner un sens, de l’importance ou de la valeur à la loi fondamentale du pays charcutée deux années plus tôt. Mais à l’arrivée, beaucoup sont déçus. Tout ça pour ça ?

Or, des 22 engagements de Bruxelles à l’APG, en passant par des dialogues politiques sous différentes étiquettes, CPDC, CPDC rénové, Togo Télécom 1, Togo Télécom 2, etc. la plupart des Togolais sont restés dans l’espérance d’une loi constitutionnelle pour clore les défiances. Malheureusement, les « députés » de la 6e législature au Togo ont tout fait pour toucher le fond du déshonneur. Ils porteront aujourd’hui, demain et pour toujours la responsabilité de l’histoire. Parce que, à quoi ont servi ces morts et blessés s’il faut aujourd’hui soulager les cœurs avec des réformes aussi handicapées que bancales ? S’il ne s’agissait que de ces réformettes, pourquoi ont-ils perdu autant de temps à cette nation devenue la risée du monde ? L’hypocrisie est une maladie incurable, renseigne-t-on. Beaucoup doivent faire attention.

Du retour sur la scène du 8 au 9 mai 2019 et de l’analyse de la révision constitutionnelle, l’on constate que le cynisme reste entier certifiant de la logique de prédation et de confiscation du siège présidentiel à vie. Pour ce qui est des exactions qui seront commises dans cette logique de prédation et de confiscation du pouvoir, le premier responsable au nom de qui tout sera fait, jouira quant à lui, d’une immunité à vie.

La loi de réforme constitutionnelle adoptée, analyse la coalition de l’opposition, n’a qu’une seule ambition, faire du TOGO une propriété privée. L’Assemblée nationale en éludant la formule en aucun cas telle que reprise par l’expert constitutionnaliste de la CEDEAO, et en excluant les mandats passés et en cours du décompte des mandats, remet le compteur à zéro à partir de 2020 pour Faure Gnassingbé qui aura bouclé 15 ans de pouvoir. Ainsi, ses 25 ans au pouvoir viendraient s’ajouter aux 38 ans que son père a accomplis. Mieux, avec les réformes opérées, le chef de l’Etat sera au-dessus de la loi, car il sera sous le couvert d’une immunité ad vitam aeternam. L’Assemblée nationale, poursuit la coalition, vient ainsi de délivrer à Monsieur Faure Gnassingbé un blanc-seing pour les crimes même de sang contre le peuple. En définitive, il est clair que l’Assemblée nationale au service du régime a décidé de transformer les citoyens togolais en sujets de sa majesté Gnassingbé.

Aussi faut-il préciser pour faire remarquer la sacralisation du royaume, que Faure Gnassingbé peut à l’envie modifier l’article 59 nouveau de la Constitution par une balade devant les urnes sous le sceau de référendum. Le récit des élections contestées et ensanglantées est, en effet, connu de tous.

« Lorsque nous considérons les faits et les situations que d’autres traversent, ce n’est pas pour rien qu’il y a des dispositions qui verrouillent la limitation de mandats et la rendent tangibles dans le temps. Le parallèle de l’article 59 de la Constitution togolaise en Guinée est l’article 154 de la Constitution de ce pays qui consacre qu’un certain nombre de choses, dont la limitation des mandats, ne peuvent faire l’objet de révision. Cela veut dire qu’il n’y a pas de moyen par lequel cette limitation peut tomber. Mais aujourd’hui, Alpha Condé n’a pas encore clairement dit qu’il fera un 3è mandat mais les oiseaux du pouvoir le chantent, »
relève Johannes Bavon, le Secrétaire Général du Front des Architectes pour la République (FAR).

S’agissant de l’article 75 qui consacre une immunité à vie pour le président, beaucoup pensent que cette loi est intuitu personae et scélérate, c’est-à-dire votée dans le but de protéger quidam de ses crimes en même temps que faire la promotion de l’impunité.

Si un président de la République veut faire un 3è mandat en procédant par référendum comme la Constitution le lui permet mais que le peuple n’est pas d’accord, il va tuer les gens mais ne sera pas responsable, explique Johannes Bavon qui fait le parallèle avec la Constitution française qui consacre l’inviolabilité du président de la République mais cette immunité prend fin un (1) mois après la fin de son mandat. Encore que cette immunité que la Constitution lui procure, ne couvre pas tous les actes. « L’article 68 de la Constitution française, assure-t-il, relève 3 limitations fondamentales pour cette inviolabilité, notamment la destitution en cas de manquement grave incompatible avec sa fonction et la poursuite devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité ».

Aujourd’hui, il est clair que comme toujours, le pouvoir RPT/UNIR dans ses dribbles dont il semble seul détenir le secret et, cette fois-ci bien aidé par une Assemblée nationale aux ordres, a encore pris soin de blaguer les Togolais. Ce coup est minutieusement préparé contre le peuple togolais resté longtemps dans la rue pour exiger les réformes constitutionnelles et institutionnelles qui consacreront l’amorce des principes et valeurs démocratiques au Togo. Aussi convient-il de s’interroger sur la modification de 29 articles de la Constitution au sortir des assises alors que le projet initial du Gouvernement introduit à l’Assemblée nationale ne parlait que de trois articles, notamment les 59, 60 et 100, portant révisions constitutionnelles. Que s’est-il entretemps passé au Parlement ? Décidément, le Togo restera une curiosité dans la sous-région tant que les gens ne changeront pas leur conception primaire de la démocratie. Certains ont fièrement toiletté la même Constitution en 2002. Ils ont plus tard été toilettés en se fondant sur la même Constitution. D’autres viennent de leur emboîter le pas. Il ne reste qu’à leur souhaiter : Bonne chance.

Sylvestre BENI

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