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Recul de la science - Les livres face au drame des réseaux sociaux


Recul de la science - Les livres face au drame des réseaux sociaux

« Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé, » disait Montesquieu. Cette phrase traduit toute la dimension du culte que certains vouaient à la lecture. Le livre est donc pour ceux-là, le canal idéal par lequel ils arrivent à se sauver de la monotonie du quotidien, se sauver de l'ennui déprimant ou des tristesses de la solitude pour découvrir de nouveaux horizons et acquérir de nouvelles connaissances qui élèvent l'esprit. Seulement, les réalités du nouveau monde plantent un gros risque dans la masse et conduisent l'humanité à la dérive du fait du peu d'attrait pour le livre au profit de l'abrutissement personnel par les réseaux sociaux.

Au Togo, il y a quelques années, le livre était un fidèle ami pour plusieurs voyageurs contre l'ennui ou la solitude, un bon compagnon pour une majeure partie des élèves et étudiants désireux d'acquérir de nouvelles connaissances livresques, et un meilleur allié pour les élites qui continuaient à nourrir leur esprit afin de maintenir la hiérarchie entre elles et le reste du petit monde peu éveillé. Bref, le livre occupait une place prépondérante au sein de la société togolaise.

« Je me rappelle que c'est dans le bus vers l'intérieur du pays que j'ai lu pour la première fois le roman ″Une vie de boy″ de l'écrivain camerounais Ferdinand Oyono. J'ai fini les moins de 200 pages de ce roman au cours de ce voyage. J'avais bien triché ce jour-là (rire, ndlr), car pendant que les autres voyageurs dormaient ou contemplaient le paysage, je m'étais évadé à travers mon précieux livre, pour être dans une belle aventure imaginaire avec le personnage Toundi, boy instruit qui travaillait chez un fonctionnaire colonial ».

C'est ainsi qu'un vieux retraité abordait une discussion avec ses petits-fils concernant le peu d'engouement observé aujourd'hui chez les jeunes, surtout les apprenants, pour les livres. Le livre, d'après les explications du vieux togolais au soixante-dix-sept printemps, est une invite au voyage; il permet de fuir le temps d'une lecture des réalités quelquefois embarrassantes pour respirer de l'âme dans les livres comme le disait Anne Barratin. Mais, c'est Julien Green qui montrait que le livre dresse le pont entre le passé et le futur, entre les civilisations d'hier et d'aujourd'hui; il est pour ainsi dire, la source du savoir. C'est aussi Julien Green qui diffusait l'idée d'évasion à travers la lecture lorsqu'il déclarait : « Le livre est une fenêtre par laquelle on s'évade ».

Par le mot « fenêtre », sous-entendu « fenêtre sur l'univers ou sur le monde », il arrivait à faire comprendre à tous que les livres constituent en effet des « fenêtre », dans la mesure où le lecteur, regard plongé dans ses feuillets enlacés, pouvait voyager partout sur la terre, parcourir en si peu de temps plusieurs siècles avec des mémoires d'autres époques et découvrir parfois les clés d'un monde que naguère, l'on croyait à jamais fermé ou non accessible à tous. C'est pourquoi, dans ses Lettres retrouvées, Hier et aujourd'hui, George Sand, la romancière et journaliste française, déclarait qu' « En étudiant les livres, on peut tirer de la science du passé des inductions que l'avenir déjoue, et que le présent ne peut pas toujours justifier ». Pour renchérir, René Descartes dans Le discours de la méthode expliquait que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées ; que l'éloquence a des forces et des beautés incomparables ; que la poésie a des délicatesses et des douceurs ravissantes. Une réflexion partagée par le militaire et homme de lettres français, Philippe-Auguste de Sainte-Foy qui, dans Mes loisirs ou pensées diverses, disait que « La lecture est l'aliment de l'esprit, et quelquefois le tombeau du génie » où évidemment, l'on pouvait faire de grandes découvertes. 

Si la lecture de la vie des grands hommes n'a pas d'attrait pour vous, disait Félix Bogaerts, on ne lira jamais la vôtre. En effet, si le livre n'a pas été d'un apport capital pour toutes ces têtes bien faites, écrivains ou grands penseurs des temps anciens que célèbrent toujours l'humanité, jamais ils ne perdraient ni le temps ni l'énergie pour laisser des mémoires pour les futures générations.

Aujourd'hui, surtout au Togo, le recul de la science ou de la connaissance est, en partie si non en grande partie, dû à l'abandon du livre et donc de la lecture surtout par la jeunesse togolaise, élèves et étudiants qui se noient dans le péril des réseaux sociaux. De nos jours, découvrir un élève ou un étudiant sous un lampadaire en train de savourer les bonnes pages d'un roman ou d'un quelconque livre, est un événement, une grande surprise. « Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie contre des heures délicieuses » Montesquieu.

De l'analyse de sa pensée, on pourrait croire que Montesquieu viendrait de la planète Mars puisqu'aujourd'hui, les heures d'ennui sont échangées contre des heures de futilités et de stupidités sur les réseaux sociaux. Ce qui, logiquement, contribue au recul de la science au Togo. La folie sur les réseaux sociaux, surtout sur les plateformes Whatsapp, a créé un gros trou dans certains esprits qui ne pensent qu'à inventer des balivernes pour nourrir leur ennui. Sur leur page Facebook, dans les groupes Whatsapp, sur Twitter ou Imo etc. ces jeunes sont les maîtres, des chefs, de véritables génies dans les prouesses de bas-quartiers. « La jeunesse togolaise est la relève de demain », dit-on souvent. Or, cette jeunesse s'abreuve trop de niaiseries pour finir en hommes de petite nature. Constat : la relève de demain est en danger. 

« Si le goût de la bonne lecture était plus répandu parmi les gens du monde, ils auraient plus de bonnes connaissances pour bien se conduire. L'oisiveté engendre tous les vices, mais c'est l'ignorance qui les accrédite et qui les perpétue ». Augustin de Brueys.
Tâchons d'y penser !

Sylvestre BENI

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