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Peut-on lutter contre la pauvreté en créant de la dépendance financière ?


Peut-on lutter contre la pauvreté en créant de la dépendance financière ?

Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Et le leadership, c’est l’art de prendre de bonnes décisions, selon Peter Drucker, le célèbre professeur et écrivain américain.

Malheureusement chez nous au Togo, le comble des mesures de lutte contre la pauvreté vient d’être adopté. Il s’agit bien du programme de transfert monétaire de 15.000 francs CFA par trimestre à 61.000 ménages démunis.

Il faut souligner d’entrée de jeu que je n’ai rien contre le fait que le gouvernement décide de venir en aide aux populations les plus démunies de notre pays. Au contraire, cela fait partie de ses responsabilités envers ses administrés. Ce que je tiens à dénoncer à travers cet article, c’est la forme que prend cette aide vitale de l’État togolais à ces populations.

Nous devons nous poser la question pertinente suivante. Où allons-nous au juste avec une telle mesure ? L’État va donner 15.000 francs CFA par trimestre à 61.000 ménages démunis pendant quelques années ? Et après, on fait quoi ?

Le fait le plus troublant, c’est qu’on nous dise que ce programme est largement financé par la Banque Mondiale. Cela suppose que l’État togolais s’est endetté auprès de la Banque Mondiale pour lancer un programme qui au lieu de réduire la pauvreté, créera plutôt une dépendance financière auprès de 61.000 ménages, soit environ un quart de million de Togolais.

Mon inquiétude est d’autant plus grande, lorsque je considère que cette initiative absurde n’a pas suscité une vive protestation de la part des leaders de tout bord, notamment des leaders d’opinion, des leaders religieux, des chefs traditionnels et ceux de la société civile.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment en sommes-nous arrivés à adopter, à accepter ou à cautionner des initiatives qui violent non seulement le bon sens et notre devise nationale à savoir : Travail – Liberté – Patrie, mais aussi et surtout les principes divins ?   Serions-nous devenus des adeptes du moindre effort et de la facilité au point de tout accepter, de rester indifférents même face à des initiatives perverses, avilissantes et indignes de nous et de nos populations ?

Seul le travail libère l’homme de la dépendance et de la mendicité. Mieux le travail brise les chaînes de la pauvreté et anoblit l’homme. Et ce dont l’écrasante majorité des Togolais ont besoin, c’est du travail ; du travail bien rémunéré et fait dans de bonnes conditions.

Contrairement à cela, la nouvelle trouvaille du gouvernement togolais c’est de donner une aide dérisoire aux populations au lieu d’œuvrer à créer des opportunités d’emploi et les conditions favorables pour que les Togolais puissent créer de la richesse et gagner leur vie grâce à leurs propres efforts et se sentir par ce fait même valorisées.

Ailleurs, une telle mesure serait accompagnée d’un plan d’insertion professionnelle des bénéficiaires. Mais, tout porte à croire que dans le cas du Togo, c’est seulement le transfert monétaire qui est retenu. Et je tiens à dénoncer cette approche dangereuse de lutte contre la pauvreté.

D’une part, au-delà de notre devise nationale qui met l’accent sur l’importance du travail, le bon sens nous enseigne que si l’on donne du poisson à un homme, on le nourrit seulement pour une journée, mais si on lui apprend à pêcher, on l’aura nourri pour le reste de sa vie.

D’autre part, les écritures saintes nous enseignent la valeur du travail. En l’occurrence, la Bible déclare que l’homme mangera à la sueur de son front.

En termes clairs, les clés principales pour sortir de la pauvreté sont : l’éducation, le travail et l’autonomie financière. Alors, qu’est-ce que le gouvernement de Faure Gnassingbé a fait pour améliorer notre système éducatif depuis 14 ans ? Et qu’est-ce qu’il a fait concrètement pour créer des emplois, pour améliorer le sort des jeunes diplômés depuis 14 ans ? Enfin, qu’est-ce qu’il a fait concrètement pour que les populations puissent se prendre elles-mêmes en charge sur le plan économique et financier ces 14 dernières années ? Je vous laisse en juger vous-même. Je ne parle pas des annonces ou des lancements successifs de programmes de développement. Je parle plutôt de résultats tangibles. Une chose est de multiplier des initiatives, une autre est d’en rendre compte et de présenter des résultats tangibles indiscutables après les lancements en fanfare.

Comme je l’ai souligné plus haut, je ne suis pas contre l’aide de l’État aux populations. Cela fait partie de ses responsabilités. Cependant, mon inquiétude porte essentiellement sur l’approche adoptée et surtout considérant que cette initiative est financée avec une dette contractée auprès d’une institution financière. Le pire c’est qu’au bout de quelques années, lorsque ces populations seront habituées à tendre la main pour recevoir ces sommes dérisoires de l’État, l’aide prendra subitement fin, sans qu’elles aient eu le temps de sortir de la pauvreté. Cet arrêt brusque risquera de les plonger dans une misère et une précarité beaucoup plus grandes que ce qu’elles vivaient avant le lancement de cette mesure contre-nature qu’est le programme de transfert monétaire.

Donc en définitive, le gouvernement lance un projet qui est d’ores et déjà voué à l’échec, parce qu’il ne répond pas aux principes de la lutte contre la pauvreté. Au même moment, cette initiative maladroite va laisser une importante dette que le contribuable togolais aura quand-même à rembourser avec des intérêts. Au-delà de toutes les interrogations que pourraient susciter ce nouveau programme, la grande question demeure la suivante. Où allons-nous ?

Kofi SONOKPON

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