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Option militaire CEDEAO - FAURE : L'éventualité d'une triste fin


Option militaire CEDEAO - FAURE : L'éventualité d'une triste fin

En droit, l'on parlera d'une jurisprudence tandis qu'en politique, il sera question de citer des exemples pour soutenir une argumentation. L'exemple le plus récent, reste la Gambie où Yahya Jammey a été poussé vers la sortie par les forces de la CEDEAO au moment où le président gambien faisait de la résistance pour ne pas quitter le pouvoir. Aujourd'hui, du fait de la récente mise en garde du président nigérian, le général Muhammadu Buhari sur la question de l'alternance dans l'espace CEDEAO, beaucoup rêvent du scénario gambien pour mettre fin aux privilèges insolents du régime togolais. Mais, qu'en est-il réellement ? 

Option maximaliste qui pourrait être coûteuse aussi bien en pertes en vies humaines qu'en dégâts matériels, une intervention des forces d'interposition de la CEDEAO au Togo comme ce fut le cas l'année dernière en Gambie, semble devenir pour la majeure partie des Togolais, l'ultime recours ou la panacée pour une sortie définitive de crise au Togo. Du coup, le rêve s'est invité et ils deviennent de plus en nombreux à parler d'une intrusion des troupes militaires de la CEDEAO pour mettre fin au régime Gnassingbé. Un rêve, nourrissant une rumeur qui pourtant devait paraître comme un conte de fées, n'a pas pris assez de temps pour se répandre au sein de l'opinion faisant tressaillir d'allégresse certains Togolais au point même de lâcher : Alléluia !

Car, bien que dubitatives quant à une issue heureuse du dialogue politique débuté le 15 février 2018, les populations togolaises vivaient tout de même dans l'expectative d'un miracle des temps anciens pour enfin sortir le pays de la récurrente crise politique dont la principale cause demeure : l'alternance au sommet de l'État. Mais aujourd'hui, à l'allure où vont les choses, encore que ces populations ne s'économisent plus à évoquer le constat d'échec du dialogue, beaucoup appellent plutôt les Togolais à retourner dans la rue. Conséquences : ils deviendront plus incisifs que jamais, plus mobilisés et décidés à faire partir le Président qui, en s'appuyant sur ses leviers de toujours, l'Armée, tentera de repousser toutes velléités contre la prédation et la conservation du pouvoir. Ce sera alors le scénario du pire, mais en même temps, une situation qui pourrait enfin décider du sort du régime togolais puisqu'en aucun cas, nul ne peut diriger un peuple contre ses profondes aspirations. Ce peuple, ira chercher sa liberté et son bien-être social où qu'elles se trouvent, et rien ne peut l'arrêter dans cet élan parce qu'il serait débordant de colères et de frustrations. Une situation qui provoquerait le déclic et l'éventualité des forces d'interposition de la CEDEAO au Togo. Pour preuve, les déclarations des uns et des autres depuis août 2017 sur la crise togolaise, surtout les mises en garde des diplomaties africaines, qui ne veulent pas être complices des dictatures en Afrique de l'Ouest, laissent penser à cette option militaire de la CEDEAO au Togo. Le pays de Faure Gnassingbé étant la grande curiosité de la sous-région ouest-africaine du fait de l'absence des règles et principes démocratiques, beaucoup veulent en effet, extirper le virus de la région.

Quand le Rubicon sera franchi

Si dans les approches du droit ou dans arcanes de la justice, il est souvent dit qu'« un mauvais arrangement, vaut mieux qu'un bon procès », en politique, tout mauvais accord, est de facto considéré comme une compromission politique, une trahison qui plus tard, sera à l'origine de nouvelles crises sociopolitiques. C'est pourquoi, il vaut mieux de ne pas avoir d'accord que d'en signer un mauvais. « Les peuples comme les hommes finissent toujours par payer leurs compromissions politiques avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur, » disait Norbert ZONGO, de vénéré mémoire.

Alors, l'idéal pour la plupart aujourd'hui, est de ne même plus chercher à discutailler sur des défis d'alternance dans la sous-région. « Les transitions politiques pacifiques ne sont plus négociables en Afrique de l'Ouest, » prévient Muhammadu Buhari, celui-là même qui a tenté en vain de raison-garder l'ex-président gambien Yahya Jammey avant que ce dernier ne prenne définitivement la porte sous la menace des troupes de la CEDEAO. « Au sein de la CEDEAO, poursuit-il, nous travaillons à consolider nos relations afin d'assurer la paix et la prospérité pour nos futures générations (et), l'instabilité au Togo aura des conséquences régionales et nous devrons payer le prix du développement ».

Ce discours du président nigérian traduit la volonté des chefs d'Etat démocrates à œvrer pour l'épanouissement des peuples africains, puisqu'il y a quelques jours, le « facilitateur ghanéen » dans la crise togolaise, le président Nana Akuffo-Addo disait que, « La liberté d'un peuple n'est pas négociable ». Et pour cause, il y a plus de 50 ans que le peuple togolais aspire à la liberté et au bien-être social, il y a plus de 50 ans qu'il aspire à l'alternance et au changement du quotidien, il y a plus de 50 années que ce peuple veut être gouverné autrement : « La racine du mal togolais, lit-on en 2017 dans le message de la conférence épiscopale du Togo, consiste dans l'inversion de la fonction publique : au lieu de protéger les pauvres, l'Etat favorise les riches qui ne font qu'accroître leurs biens Le scandale ne consiste pas dans le fait qu'il y ait des riches et des pauvres mais dans celui que les institutions qui devraient instaurer un minimum d'équilibre, se réfugient dans l'indifférence ou choisissent le camp des riches et s'y retranchent ». Aussi les prélats catholiques n'ont-ils pas manqué de prévenir l'opinion que la frustration de la société civile togolaise représente une bombe à retardement prête à exploser à la première occasion. Quant aux églises presbytérienne et méthodiste du Togo, elles appellent à une urgence d'action, « Car, la lassitude qui s'observe au sein de la population, précisent les premiers responsables de ces églises, ne doit pas nous conforter dans nos sécurités en misant sur un sentiment de désintérêt. Cette lassitude peut, au contraire, s'avérer dangereuse dans la mesure où elle peut constituer le lit pour le développement des positions extrémistes et donc menacer la stabilité et la paix du pays ».

Ces différentes interventions précitées, peinent un tableau non reluisant du Togo et font craindre un lendemain à risques et que l'annonce de l'échec du dialogue pourrait alors précipiter les choses et l'intrusion d'une armée étrangère. « Lorsque les mobilisations ont atteint un niveau donné, on a obligé des chefs d'État à s'enfuir en l'espace de 24 heures. Si le régime ne prend pas conscience de la situation pour changer radicalement afin qu'ensemble nous puissions évoluer dans la bonne voie, je suis persuadé qu'il finira par subir le même sort, » pense le Prof. Komi WOLOU. Une réflexion qui renvoie à une autre de dame Brigitte ADJAMAGBO de la CDPA : « Un peuple qui murmure est toujours redoutable ( ) Monsieur le Président, ne commettez pas le sacrilège d'offense à la mémoire de victimes innocentes, de peur que leur sang qui crie vengeance ne finisse par avoir raison de vous ; ne continuez pas à narguer ce peuple souverain qui détient le pouvoir que vous exercez de faite en son nom ; vous finirez par subir son courroux ».

Ces déclarations témoignent de la détermination des leaders de l'opposition et du peuple togolais à ne rien lâcher. Là, l'armée tentera encore de sauver le régime comme il l'a fait en 2005 par la force des armes. Seulement, la géopolitique actuelle ne permettra plus à un régime de massacrer impunément les populations civiles sans défense. Aussi pour que le Togo ne devienne-t-il pas un nouveau foyer de tension et d'instabilité dans la sous-région, donc un terreau fertile pour la prolifération des islamistes et du terrorisme, puisque des cellules dormantes existent aujourd'hui dans presque tous les pays africains, une intrusion des forces de la CEDEAO n'est pas à redouter au Togo.

Alors du rêve des Togolais, l'option militaire CEDEAO peut devenir une réalité si et seulement si le régime Gnassingbé refuse toujours l'alternance et s'obstine à rentrer dans le mur, advienne que pourra !


Sylvestre BENI

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