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Nathaniel OLYMPIO : « Tant que le régime continuera de confisquer le pouvoir par la force, qu'il soit alors conscient de prendre le risque de devoir partir comme il est venu : Par la Force ».


Nathaniel OLYMPIO : « Tant que le régime continuera de confisquer le pouvoir par la force, qu'il soit alors conscient de prendre le risque de devoir partir comme il est venu : Par la Force ».

Chef d'entreprise, ingénieur informaticien, systèmes et réseaux, et spécialiste de Markéting Mix, Nathaniel Erasmus OLYMPIO, président du Parti des Togolais, parti membre de la coalition de l'opposition, fait son analyse de la situation sociopolitique au Togo. Écoutant les déclarations venant du régime et portant sur le contexte du dialogue en cours de préparation, il pense que de ce dialogue, il est difficile de présager d'une issue conforme aux attentes du peuple. « L'objectif du régime n'est pas d'accepter durant ce dialogue de quitter le pouvoir comme l'exige les Togolais », fait-il observer avant de croire que si le peuple togolais veut véritablement mettre fin à ce régime, il doit alors exercer davantage de pression, afin de rendre l'objectif inéluctable.

LA MANCHETTE : La coalition maintiendra-t-elle lors des discussions, la mise sur la touche de celui qui a déjà fait plus deux mandats au pouvoir ?

Nathaniel OLYMPIO : L'évocation d'un « nécessaire dialogue » est une idée du régime, non de la coalition. Si toutefois discussions il doit y avoir, il va de soi que celles-ci portent sur les éléments de revendication de la coalition. Ma conviction est que si le régime a initié ce dialogue-là, c'est qu'il a la certitude que cela lui permettra de consolider son pouvoir. A l'heure actuelle quand l'on écoute les déclarations venant du régime et portant sur le contexte du dialogue en cours de préparation, il est difficile de présager d'une issue conforme aux attentes du peuple. L'objectif du régime n'est pas d'accepter durant ce dialogue de quitter le pouvoir comme l'exige les Togolais. Le peuple togolais doit comprendre que s'il veut véritablement mettre fin à ce régime, alors il doit exercer davantage de pression, afin de rendre l'objectif inéluctable. Autrement dit, cela implique également l'éventualité d'aborder le débat de manière à poser clairement la question relative aux conditions de son départ. Ce n'est qu'en s'engageant dans un dialogue franc avec cette disposition d'esprit que le régime connaîtra une fin honorable.

LM : Beaucoup vous reprochent de petits calculs personnels ou partisans dans la lutte que vous menez. Encore 10 ans de pouvoir pour Faure Gnassingbé signifie fin de carrière politique des vétérans de la coalition. N'est-ce pas pour cela que vous exigez le départ immédiat ou en 2020 du président ?

NO : Êtes-vous sérieux ? Dans une Afrique où l'alternance est la norme démocratique et une CEDEAO où tous les pays ont établi le principe des deux mandats maximum comme règle commune, peut-on encore oser se poser l'invraisemblable question que celle de la nécessité du retour pur et simple à la Constitution votée à 98% par le peuple togolais, lors des luttes pour la démocratie dans les années 1990 ? La rotation du pouvoir est un principe républicain inhérent au comportement démocratique, et ce, que l'on soit opposant ou au pouvoir. La classe politique dans sa globalité doit comprendre cet état de fait et cette règle souveraine propre à toute Démocratie. Le départ du chef de l'État actuel n'a certainement pas vocation à ouvrir une nouvelle ère de présidences à vie pour l'opposition. Ce n'est du moins pas l'idéologie du parti que je représente.

LM : La coalition des 14, compte allier dialogue et pression de la rue. Mais les médiateurs vous l'auraient défendu. Vous confirmez ?

NO : Aucun dialogue ne peut priver les Togolais de leur droit constitutionnel de manifester autant qu'ils le jugent utile. Dans quelle Démocratie digne de ce nom avez-vous vu que l'on marchande les dispositions constitutionnelles ? Les politiques peuvent décider de discuter, le peuple conserve sa liberté d'action, sa liberté de manifester.

LM : Certains prédisent l'échec du dialogue du fait du radicalisme des opinions de la coalition qui heurte l'extrémisme dans les répliques du pouvoir en place. Partagez-vous cette vision des choses ?

NO : Pour le pouvoir en place, tout ce qui pourrait menacer la position de M. Gnassingbé devient un crime de lèse-majesté ouvrant la voie souvent à de sérieuses représailles. Nous avons entendu sur les ondes des Ministres de la République ou des conseillers de la Présidence taxer les démarches de l'opposition de Djihadistes, de criminelles, quand d'autres ne nous disent pas de prendre les armes. A votre avis, qui est dans les extrêmes ? Je pense que lorsque certains n'ont plus d'arguments pour justifier l'injustifiable, ils finissent par se contenter de vociférer sans fondement, quand ce n'est pas pour chercher à calomnier la partie adverse en employant parfois les pires inepties et affabulations. S'il y a chronique d'un échec annoncé, alors c'est le fait du régime qui confisque le pouvoir depuis 50 ans et ne compte pas le lâcher, pas même par un dialogue qui leur garantirait une sortie honorable, sans humiliation pour personne. Dites-moi donc où se trouve le bon sens dans tout ceci !

LM : « Certains ont cru que mon renversement par la force était faisable, » a déclaré le président togolais. Ce message n'est-il pas adressé à l'opposition qui veut provoquer le changement par la force de la rue ?

NO : M. Gnassingbé ne fait que récolter la tempête du vent qu'il a lui-même semé en 2005. Est-il venu au pouvoir dans la douceur ? Dans la légalité ? Peut-il nous montrer de façon cohérente un seul de ses trois mandats soit issu d'une élection ne souffrant d'aucune fraude ni contestation ? Je ne le pense pas. C'est le régime actuel qui a initié et qui perpétue au Togo la méthode du coup de force. C'est lui qui impose sa volonté par la force, c'est lui qui étouffe la contestation populaire par la force. C'est lui qui emprisonne des citoyens sans aucune raison légale parce qu'il est détenteur de la force dont il abuse.

Si le régime en place considère qu'un peuple qui clame sa soif de Liberté et de Démocratie dans les rues de manière pacifique et qui se fait brutalement réprimer en retour, cela représente une tentative de « renversement par la force » à son encontre, alors nous ne pouvons que prendre bonne note de ces propos. Chacun est en effet libre de faire à sa manière la lecture des événements. Pour notre part, nous ne nous sentons guère concernés par ce que vous supposez être un message à notre endroit. Tant qu'il continuera de confisquer le pouvoir par la force, en fermant la porte à toute issue pacifique, que le régime soit alors conscient de prendre le risque de devoir partir comme il est venu : Par la Force. Les Togolais lui ont donné, et continuent de lui donner une chance de sortie honorable, en réponse, il nargue le peuple par ses dernières sorties dans les média et par sa récente déclaration de début d'année, comme il le fait depuis 2006 en refusant la mise en œvre des fondamentaux de l'Accord Politique Global (APG).

M. Gnassingbé n'a rien compris de la profonde aspiration du peuple. Le mouvement enclenché jaillit des profondeurs de la société. Les manifestations de rue sont une chance pour lui et son régime de sortir par la grande porte. Qu'il la saisisse.

LM : Les manifestations politiques ont des retombées néfastes sur l'activité commerciale des Togolais. Etes-vous conscients d'une telle situation ?

NO : Je suis surtout conscient que le gouvernement togolais tente de faire endosser l'échec de trois mandats de mauvaise gouvernance à la coalition. L'économie togolaise fonctionnait-elle correctement avant Août 2017 ? La dette était-elle à un niveau acceptable ? Le chômage était-il maitrisé ? Les Togolais jouissaient-ils du fruit de la croissance ? Les Togolais bénéficiaient-ils d'un système de santé fiable ? D'un système éducatif performant ? En tant que journaliste pouvez-vous le dire ? NON. Alors nous savons bien que ce discours n'est en rien fondé. Je respecte, je félicite et j'encourage les opérateurs économiques qui continuent de manifester. Ils donnent la meilleure réponse à ce discours fallacieux.

LM : Parlons de votre parti, vous semblez avoir plus de membres à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. Ils sont souvent dans les débats politiques sur les plateaux de grandes chaînes internationales. Le Parti des Togolais n'est-il pas finalement un parti de la diaspora ?

NO : C'est incroyable cette façon que vous avez d'analyser les choses. Le Parti des Togolais a la chance d'avoir des hautes compétences et s'applique à laisser à chacun l'opportunité de s'exprimer dans les média. C'est une bonne chose dans un Togo où nous sommes parfois habitués à ne voir que les têtes d'affiche ou les chefs de parti s'exprimer. C'est aussi cela faire la politique de manière différente. Pour ce qui concerne la diaspora, les idées et les valeurs que nous défendons trouvent également bon accueil chez nos compatriotes de l'extérieur et nous nous en réjouissons. Car, il est temps que ceux qui contribuent majoritairement au développement du pays par leurs fonds et leurs compétences trouvent aussi une œvre politique qui réponde à leurs attentes. Cela n'enlève rien à la valeur de nos militants de l'intérieur qui n'ont pas moins l'opportunité de s'exprimer en public. Nous en sommes fiers et les félicitons.

LM : Comment se prépare le Parti des Togolais pour les prochaines élections ?

NO : Le concept même d'élection n'a de sens au Parti des Togolais que lorsqu'il est frappé du sceau de la transparence et de l'équité. Le Parti des Togolais se bat pour le retour de la Constitution originelle de 92 votée par le peuple, pour que les institutions de la République aient un fonctionnement démocratique, pour que le cadre électoral soit conforme aux règles de démocratie, et  pour que les Togolais de la diaspora votent.

Il serait complètement inconséquent d'envisager de participer à une élection qui n'offre pas les garanties de transparence et de base démocratique. En 2015, nous avons largement dénoncé preuve à l'appui, l'inconsistance du fichier électoral et la partialité des institutions. Rien n'a encore changé depuis lors. Pourquoi devrions-nous agir autrement ? Notre préparation et toute notre action ne se résume pas à une échéance électorale à courts termes. 

Nous sommes dans une démarche de construction qui implique une cohérence constance dans l'action et donc la prise en compte de chacune des étapes de la reconstruction de la Nation togolaise. C'est ce que le Peuple Togolais attend de nous et c'est ce à quoi nous nous sommes engagés. Je vous remercie.

Interview Réalisée par Sylvestre K. BENI

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