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Législatives sous la caution des armes : M. le Président, l’histoire n’est pas ingrate…


Législatives sous la caution des armes : M. le Président, l’histoire n’est pas ingrate…

Les craintes se matérialisent et les doutes se dissipent progressivement. L’appréhension de la mort qui enveloppait les esprits à cause d’un processus électoral décrié de partout du fait de son organisation unilatérale par le pouvoir togolais, eh bien aujourd’hui, le pire n’a pu être évité et la liste macabre des citoyens sans vie qui jonchent la rue, continue. Les élections législatives de 2018 si elles sont maintenues, porteront à jamais l’empreinte du scrutin de sang de 2018. Cependant, l’on a encore la possibilité de tout arrêter, d’arrêter le bain sang. Pour ce faire, le Chef de l’Etat doit prendre sa responsabilité. L’histoire n’est jamais ingrate.

Le scrutin législatif en cours au Togo révèle toutes les ignominies, c’est-à-dire toutes les tares du monde qui définissent une forfaiture électorale dans un pays. Du simulacre de recensement qui fait la part belle aux mineurs enrôlés à une imitation burlesque de campagne avec des candidats quasi absents dans les environs, ces élections législatives de 2018 se singularisent plus aujourd’hui par un cynisme absolu. Le régime togolais restant déterminé, usant de tous les moyens pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir, se livre donc à une de ses pires prestations avec au compteur plus de trois personnes tuées et plusieurs autres blessées.

Or, dans leurs différentes sorties médiatiques, les premières autorités des églises catholiques, presbytériennes et méthodistes du Togo sont unanimes que cette organisation unilatérale des élections, en violation fragrante de certaines dispositions contenues dans la feuille de route des facilitateurs de la CEDEAO, risque de conduire de nouveau le pays vers le chaos. « Il est, en effet, évident, préviennent les évêques catholiques, que la tenue des élections sans les réformes qui s’imposent ne résoudra pas le problème togolais. Elle ne fera qu’exacerber les tensions et les violences. Nous appelons donc tous les acteurs et tous les protagonistes de la crise sociopolitique de notre Pays à la raison, à un sursaut patriotique, à l’amour, à la prise de conscience de la valeur inestimable et sacrée de chaque vie humaine ».

Ce message de la Conférence des évêques du Togo, devait paraître comme l’eau qui glisse sur le dos d’un canard, parce que ceux qui sont investis de la noble mission de protéger l’Etat togolais et tous ses citoyens, sont plutôt ceux qui sont les premiers à se transformer en leurs bourreaux. Des vies innocentes sacrifiées sur l’autel des intérêts sordides et inavoués. Il en est ainsi depuis plusieurs années en dépit de multiples efforts déployés par des gens de bonne foi pour sortir le pays de l’ornière. Malgré toutes les initiatives porteuses d’approche de solutions, la crise togolaise demeure réfractaire aux différents remèdes administrés depuis 28 ans et aujourd’hui, l’enlisement sociopolitique est d’autant plus observé.

Dans leur message conjoint le week-end dernier, les méthodistes et presbytériens soulignent qu’un report de quelques mois des élections législatives donnerait une nouvelle occasion aux acteurs politiques, éventuellement avec l’aide des institutions religieuses, d’approfondir le dialogue pour lever les pesanteurs qui empêchent d’aller aux réformes et d’embrasser un processus électoral consensuel. Alors, comme on peut le remarquer, l’environnement dans lequel se déroule ce scrutin législatif du 20 décembre prochain n’est pas gai. Aux multiples décès enregistrés se succèdent les blessés, pendant que des citoyens de l’intérieur du pays, fuyant la tragédie, se réfugient dans les brousses.

Devant une situation quasi insurrectionnelle décrite avec de jeunes togolais déterminés à hâter et acter l’alternance politique et le changement démocratique, devant une population togolaise décidée à ne plus se laisser avoir ou se laisser pour une énième fois piétiner et brimer par une soldatesque sans foi ni loi, devant cette envie collective du peuple togolais de tourner définitivement la page d’une monarchie rampante au Togo, une nation togolaise en proie à un déchirement fratricide, bref devant toutes ces situations, il appartient alors au Président de la République de prendre ses responsabilités en calmant les ardeurs afin d’éviter que son pays ne sombre ou ne bascule dans le chaos.

Cependant, depuis le début de l’animosité et de la méfiance réciproque qui se sont installées entre les populations togolaises, avec des militaires qui ont la gâchette facile et qui peuvent tirer et abattre froidement de paisibles citoyens, le Chef de l’Etat togolais, Faure Essozimna Gnassingbé se mue dans un silence de cimetière, sans jamais sortir un seul mot d’apaisement. Une réalité qui fait croire à certains togolais que c’est le Président de la République togolaise qui est lui-même derrière toutes ces horreurs que vit le peuple. « En tant qu’ancien militaire, il faut comprendre que telle que l’opération a été faite avec ce militaire, c’est que l’intention était de tuer depuis son lieu de provenance jusqu’au lieu du crime. C’est qu’il est venu délibérément pour commettre un crime, un forfait. Et donc, quel est l’intérêt pour un militaire de tuer visiblement et à ciel ouvert ? Il faut comprendre par là qu’il a reçu des ordres, et il n’a plus besoin de se maquiller ou de se cacher. Il ne faut pas passer par quatre chemins pour comprendre que l’ordre vient de l’exécutif » a déclaré Kao Atcholi, le Patron de l’Association des Victimes de Torture au Togo (ASVITTO). Aussi fait-il une analyse sur la fixation de la population togolaise sur le supposé tireur ou tueur : « Je comprends, dit-il, que les gens s’en prennent à cet officier qui est un exécutant bête, il faut l’appeler ainsi. Mais il ne faut pas qu’on rate la cible, (c’est-à-dire, ndlr) celui qui est derrière, celui qui tire les ficelles derrière ce crime, c’est l’exécutif, et donc l’exécutif, c’est M. Faure Gnassingbé ».

Il est connu de tous que Laurent Gbagbo, l’ex-président ivoirien n’a pas personnellement commis des crimes au vu et au su du public. Il n’a pas pris des armes contre ses concitoyens lors de la période de troubles sociopolitiques en Côte d’Ivoire. Mais c’est bien lui qui paie aujourd’hui devant les tribunaux de la CPI, Cour Pénale Internationale de La Haye, pour des actes posés ou crimes commis par tous ceux qui se réclament de lui. Il est accusé de crimes contre l’humanité et aussi d’avoir pris des mesures pour « conserver le pouvoir par tous les moyens, y compris par l’emploi de la force contre des civils ».

Du fait des personnes tuées depuis le début de cette nouvelle crise sociopolitique au Togo et d’autres portées disparues, rapportées par des organisations de la société civile togolaise, c’est-à-dire depuis le 19 août 2017 à aujourd’hui, il apparait clairement que la situation togolaise n’est pas bien loin de celle de la Côte d’Ivoire avec des morts et disparus, et que demain, plusieurs personnalités politiques du Togo pourront être également poursuivies pour de multiples chefs d’inculpation.

C’est dire en définitive que la roue de l’histoire tourne toujours et que tôt ou tard, beaucoup seront dans le box des accusés pour répondre de leurs actes, de leurs crimes ou forfaits commis au sein de la République togolaise. Ainsi, Faure Gnassingbé doit comprendre le langage des temps et anticiper sur les choses pendant qu’il est encore temps. « Les temps que nous vivons ne sont pas faciles. Vous conviendriez avec moi… Aujourd’hui, ceux qui intoxiquent et mentent ont trouvé un allié dans la technologie. On peut transformer une chose juste ou alors, un homme simple comme moi en dictateur sanguinaire. J’ai découvert que j’étais un dictateur sanguinaire », a déclaré le Président togolais lors du congrès de son parti UNIR en octobre 2017 à Tsévié.
Laurent Gbagbo tiendrait le même langage pendant qu’il était aux affaires. Mais où est-il aujourd’hui ?

L’histoire n’est pas ingrate. Elle sait retenir les bons et les mauvais qui ont marqué leur temps. Aussi faut-il rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Osez ! La nation togolaise vous en sera sûrement gré, même si c’est à minima puisque vous auriez perdu assez de temps pour décider.

Sylvestre BENI

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