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Le métier de journaliste au Togo : une véritable croix


Le métier de journaliste au Togo : une véritable croix

Toujours à la traine, 86e sur 180 pays, dans lédition 2018 du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), le Togo qui occupait le même rang en 2017, na donc pas prospéré en matière de protection des journalistes. L'accroissement des sentiments haineux à lencontre des professionnels de médias continuent de plus bel, souvent alimenté par les autorités togolaises, elles-mêmes.

En se rappelle quen mai 2015, le confrère Bonéro Lawson, Directeur de publication du Journal « La Nouvelle » a été kidnappé dans les voisinages de son domicile par des hommes armés mais en civils. Ce n'est qu'après des recherches effectuées par des proches du journaliste, quon a découvert quil était en détention à la Direction de la Police Judiciaire de Lomé (DPJ).

Plus tard, Me Gil Benoit Afangbédji, l'avocat du confère, découvre quune plainte a été déposée contre son client par le Colonel Yark Damehane, ministre de la Sécurité et de la protection civile, au sujet d'un article que le journaliste aurait publié contre lui et sa famille notamment sa fille Sirina, qui poursuit actuellement ses études à Bordeaux en France. Une perquisition a été faite chez le journaliste dans la même journée et son ordinateur, des disques durs, des journaux ont été saisis pour rechercher des preuves. Mais « aucune preuve na été trouvée chez lui » selon Zeus Aziadouvo, ex-Directeur du quotidien « Liberté ». Pourtant, l'homme est maintenu en détention dans les locaux de la DPJ pour des raisons d'enquête. Il sera même transféré à la prison civile de Lomé.

Sorti de prison, des mois plus tard, le confrère estime que son enlèvement et son incarcération doivent être compris dans le sens que les autorités togolaises étaient plutôt à la recherche des confidences à lui faites par un général d'armée togolaise tombé en disgrâce avec le régime, avant son décès en France.

Ces déboires ou ennuis judiciaires allant parfois aux menaces de mort proférées à lencontre des journalistes togolais, ont contraint certains à rentrer dans la clandestinité ou sexiler pour éviter quon leur fasse la peau.

On se souvient des déboires du confrère Issifou Youchaou, journaliste et reporter à la RTJ, Radio télévision Jabal Nour, une chaine confessionnelle installée à Lomé. Dénonçant les conséquences du mariage précoce (mariage forcé) dans l'une de ses émissions, et donnant l'exemple de Aladji Boukouni résidant à Aflaou, un monsieur qui a toujours envoyé nombre de ses petites filles en mariage avant que ces dernières n'aient l'âge requis, Aladji Boukouni a alors juré ciel et terre den découdre avec le confrère.

Menacé de « mort » daprès la famille du jeune journaliste, Issifou Youchaou a échappé le 6 octobre 2012 à une tentative d'enlèvement. Le richissime Aladji Boukouni est soupçonné dêtre derrière la manuvre. Mais dans un pays où la justice est accusée dêtre au biberon des riches, Issifou Youchaou a dû abandonner prématurément sa carrière pour rentrer définitivement dans la clandestinité. Faut-il rappeler que ces pratiques antiques de mariage précoce, encore tolérées dans la religion musulmane en Afrique, constituent une source d'enrichissement insolent de ces parents, ceux des filles mineures. C'est d'ailleurs ce qui justifie la persécution dont a été victime le confrère Youchaou.

Outre ce dernier, dautres jeunes journalistes togolais dont Rodrigue Lawson, Félix Nahm-Tougli etc. ont été victimes de différentes persécutions, soit des pontes du régime, soit des personnes influentes du pays, pour avoir osé dénoncer certaines pratiques socio-politiques. Depuis, ils n'ont plus osé sortir la tête de leau, ou sortir de leur clandestinité au risque de subir la colère mortifère de leurs détracteurs. Lhistoire du journaliste Yékini Radji qui, en 2010, na pas survécu à ses blessures après avoir été fauché en pleine circulation par des individus non identifiés, cette triste fin d'un jeune dont beaucoup prédisaient une carrière exceptionnelle, est encore vivace dans les esprits. Aujourd'hui, les personnes coupables de ce crime courent toujours et na jamais l'État togolais na ouvert aucune enquête judiciaire pour situer l'opinion. 

Conclusion : le métier de journaliste au Togo, cest indéniablement une véritable croix. D'ailleurs, le dernier classement de Reporters sans frontières en dit long

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