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Le Grand Pardon : Aube nouvelle pour le TOGO


Le Grand Pardon : Aube nouvelle pour le TOGO

Depuis Octobre 90 qu’a débuté le processus de démocratisation du Togo, l’impression qui se dégage après analyse des faits sociopolitiques qui tracent l’histoire de la République togolaise, est que les Togolais sont embarqués dans un tunnel sans bout. Car, après que des milliers de Togolais aient été tués à cause de la politique, après que des centaines et des centaines aient été blessés dont certains portent à vie les stigmates, après près d’une trentaine de dialogues politiques sans résultats escomptés avec comme cerise sur le gâteau, des travaux aux bilans mitigés de la CVJR et du HCRRUN, il va falloir sortir le génie pour trouver des formules qui peuvent enfin changer quelque chose : « Le Grand Pardon ». L’initiative en soi n’est pas nouvelle, mais reste une alternative plausible pour que le Togo d’aujourd’hui, quasiment grabataire puisse vite se relever et avancer car, individuellement ou collectivement, chacun reste une quelconque plaie pour l’avènement de l’Alternance.

« Le monde bouge. Partout les peuples aspirent davantage que par le passé à des sociétés renouvelées où la démocratie et la justice sociale doivent se conjuguer pour asseoir un développement authentique. En témoigne l’Afrique traversée de courants qui portent ses fils et ses filles à revendiquer partout l’émergence d’États de droit. Le Togo, notre pays, jadis à l’avant-garde des nations africaines, ne peut durablement rester hors du champ de la liberté et de l’espace de la démocratie où son peuple entend désormais se situer. Le moment est venu pour le peuple togolais de définir les conditions d’un renouveau et les orientations qui doivent le guider vers un avenir meilleur. L’ère des solutions opaques, des démarches obliques, du contournement de la réalité est révolue. L’heure du changement radical de cap a sonné. Le temps de la transparence est arrivé »
. Ceux qui s’en souviennent des pages anciennes de l’histoire du Togo, se rendront compte que ce sont les belles lettres d’Edem Kodjo, un diagnostic pointu sur le Togo et des propositions pour le sortir de l’étau. Ce fut un appel pour le renouveau lancé en Novembre 1990 et baptisé : « Le Grand Pardon ».

Plus de vingt-cinq (25) ans après cet appel, les réalités politiques et autres défis démocratiques obligent chaque togolais à se poser mille et une questions, à s’interroger véritablement sur les enjeux majeurs et sur les préoccupations de l’heure. Certes, la tendance est à l’aspiration de la démocratie et du changement, résumée en seul mot : Alternance. Mais pour que cela soit une réalité après des années de passage à vide, il faut nécessairement un changement de mentalités et de conception plurielle de la démocratie par les acteurs politiques pour asseoir l’Alternance. Car, si tous les plans de confrontation et de guéguerre implacable entre pouvoir et opposition, n’ont pas jusqu’à présent aidé le pays à se sortir des années de statu quo politique, ne serait-il pas judicieux d’essayer autre chose pour le bien de tous, donc de la nation tout entière ?

Aujourd’hui, point n’est besoin de revenir sur la douloureuse histoire politique de la nation togolaise faite de coups d’états et attentats, crimes politiques et crimes de sang qui ont nourri pendant des décennies les souffrances du peuple togolais depuis la lutte pour l’indépendance à l’avènement de la succession Eyadema après le règne autocratique de ce dernier. Des milliers de togolais sont tués et plusieurs passent de vie à trépas lors de grandes contestations. Il faut enfin s’arrêter, identifier le mal togolais afin de sortir de l’engrenage dans lequel le pays s’est empêtré depuis des lustres. Pour ce faire, il faut un certain nombre de dispositions.

Le sacrifice de soi…

L’analyse de la lutte politique au Togo depuis plusieurs années, oblige parfois à se demander si la classe politique togolaise dans sa diversité interroge souvent l’histoire politique du pays avant d’agir. Puisqu’à chaque fois, le pays se retrouve dans une situation quasi similaire à la précédente, c’est-à-dire, l’éternel retour du même. Or, le temps presse et que l’avenir du Togo doit être abordé, plutôt envisagé dans la sérénité afin d’amorcer le réel décollage du pays.

« Une analyse lucide du passé récent de notre pays laisse entrevoir que nous évoluons depuis près d’un quart de siècle dans une société politiquement bloquée. Et, tant que les facteurs de blocage n’auront pas été courageusement identifiés et correctement levés, nous resterons dans l’impasse, impasse marquée par la persistance d’une approche partisane de la réalité nationale…toutes les tentatives de construction d’une communauté nationale conviviale ont échoué en grande partie à cause du drame du 13 janvier 1963. Parce que le jeu politique national a été sous-tendu par deux volontés antagonistes : l’une cherchant à venger la mort du père de l’indépendance en punissant les auteurs ; l’autre visant à justifier cet acte, à le magnifier, quitte à se servir de l’appareil d’État comme bouclier contre quiconque ne partagerait pas cette option, »
soulignait M. Kodjo dans son initiative.

Ainsi, après plus d’un demi-siècle de conquête de pouvoir pour les uns, et de sa conservation pour les autres, la triste réalité déjà évoquée au quart du siècle précédent, est de nos jours une peinture conforme, car les distensions et les dissensions politiques sont restés les mêmes.

De son alliance avec le Rassemblement du Peuple Togolais du Général Gnassingbé Eyadéma, même si l’on doit déplorer que ce fût après le décès de ce dernier, M. Gilchrist Olympio avait pourtant la possibilité de changer le cours de l’histoire politique de cette nation s’il avait pu convaincre ses lieutenants d’alors, dont Jean Pierre Fabre à sa vision de pacification du pays. Non seulement, il avait manqué de le faire, mais les faits et gestes de l’homme aujourd’hui laissent apparaître qu’il était plutôt animé par le seul désir de prendre part au festin princier : « la mangeoire », dira l’autre. Qu’à cela ne tienne, le dépassement de soi que l’on propose, suppose que tous doivent faire le vœu de tirer sur le moi. « Seul on est rien, ensemble on peut ». Ce don de soi oblige aussi à des sacrifices personnels pour le bien de la nation. Tout le monde ne peut pas être Président, mais il faut juste quelqu’un pour conduire les affaires de l’Etat. Tout le monde ne peut pas être au gouvernement, mais il faut juste des gens pour aider à sortir de l’indigence. La logique de croire que parce que l’autre peut que je peux le soutenir, doit être en vérité partagée. Et ainsi, le renouveau de l’Etat peut être enclenché par le chef de l’Etat dans une critique constructive des forces de l’opposition qui doivent aussi anticiper leur mue politique : s’ouvrir pour bâtir. Ainsi, le duel des chapelles ne se trouverait que dans les offres politiques, loin de la prise de l’épée.

Refus du pouvoir au prix du sang…

Dans une conception assez primaire, voire originelle du statu quo politique au Togo, nul doute qu’en l’absence du Grand Pardon, les autorités actuelles, hantées par une vengeance aux mille visages, continueront de vivre comme dans un camp retranché et que l’opposition toujours vivace campera elle aussi sur ses positions. Or, si aujourd’hui l’on ressuscitait Héraclite, il continuera d’assumer qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Les choses sont en perpétuel changement, ainsi que notre vie intérieure. Comme un fleuve, qui semble toujours identique mais où l'eau n'est jamais la même, nous changeons, ainsi que les choses. C'est pourquoi nous ne pouvons vivre deux fois la même chose. Dans cette logique, il serait injuste de ne pas convenir que la méthode du CAR de Me Yawovi Agboyibo reste l’une des solutions à la crise togolaise.

En effet, il est temps que les politiques de ce pays s’asseyent pour discuter de l’avenir du Togo, il est temps que des débats francs et sincères soient ouverts et abordés dans un esprit dépassionné et totalement libéré de petits calculs d’intérêt. Oui, il est temps, grand temps d’ailleurs que chaque citoyen de ce pays puisse penser uniquement Togo, puisse agir pour le Togo et bâtir le Togo. Car, la confrontation pour la confrontation, les guerres de tranchées et autres guéguerres implacables n’ont contribué qu’à retarder l’essor du Togo. Alors, politiques ou journalistes, fonctionnaires du secteur du public et employés du privé, athées ou religieux, tous ensemble ou individuellement, sont d’une manière ou d’une autre responsables de la situation politique déplorable de la nation togolaise. Ainsi, chacun doit faire sa part dans la construction d’une nation responsable, unie et épanouie. Reconquérir cette image d’antan du Togo, la Suisse d’Afrique est encore possible : Yes we can !

Sylvestre BENI

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