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Interview Exclusive - Tikpi ATCHADAM : « Il y a des signes qui ne trompent pas. Le dinosaure est atteint »


Interview Exclusive - Tikpi ATCHADAM : « Il y a des signes qui ne trompent pas. Le dinosaure est atteint  »

Discret depuis plusieurs mois sur les medias nationaux, Tikpi Salifou Atchadam, pour sa première interview exclusive à l'orée de la nouvelle année, a accepté volontiers d'échanger avec le journal LA MANCHETTE au sujet de la crise togolaise. De sa nomination comme la « personnalité de l'année 2017 au Togo » aux derniers développements sur l'incendie qui a ravagé le siège du PNP en octobre 2017, sans oublier la lutte pour l'alternance et les allégations du pouvoir togolais sur la décapitation des miliaires à Sokodé, Tikpi Atchadam, dans sa verve et dans sa rhétorique habituelles, répond sans détour à toutes les questions de notre rédaction. « Personne n'a été décapité à Sokodé », dit-il, comme pour signifier à Faure Gnassingbé que ses allégations contraires sont « mensongères ». Le président du Parti national panafricain (PNP), soutient qu' « aujourd'hui, les rapports de forces ne sont plus ce qu'ils étaient avant le 19 août 2017. Ils ont même été inversés en faveur des forces en lutte pour l'alternance ». « Le dinosaure est atteint ».

LA MANCHETTE : De grands medias nationaux et internationaux vous ont choisi comme la personnalité de l'année 2017 au Togo. Comment appréciez-vous cette nomination ? 

Tikpi ATCHADAM : Je tiens à remercier humblement tous ceux qui ont participé et contribué au processus ayant débouché sur cette nomination. J'en suis très heureux. Je suis surtout reconnaissant aux militants du PNP et à l'égard de tous les Togolais. Que le Seigneur nous conduise jusqu'à la victoire du peuple. Cette nomination est un encouragement pour la suite. Je la dédie à la jeunesse togolaise. 

Depuis 5 mois, vous exigez dans la rue le retour à la Constitution de 1992, le vote de la diaspora ou bien le départ du chef de l'Etat togolais du pouvoir. Mais rien ne bouge. Pensez-vous que vous devriez repenser la stratégie de la lutte démocratique au Togo ? 

Nous n'avons pas le même constat. Observez très attentivement et vous verrez que les lignes bougent sérieusement. Il y a des signes qui ne trompent pas. Le dinosaure est atteint, sérieusement atteint. En conséquence, la stratégie pour laquelle nous avons opté, c'est-à-dire des manifestations pacifiques (la non-violence), produit des résultats tangibles. Aujourd'hui, les rapports de forces ne sont plus ce qu'ils étaient avant le 19 août 2017. Ils ont même été inversés en faveur des forces en lutte pour l'alternance. 

Ces forces en lutte pour l'alternance ont plutôt tenté de prendre le pouvoir par la rue, mais elles ont échoué, a déclaré Faure Gnassingbé. M. ATCHADAM, quelle est réellement votre ambition dans cette lutte ? Faire partir Faure Gnassingbé et devenir le président du Togo ?

L'ambition du PNP est de contribuer dans le cadre du groupe des quatorze et de la société civile en action à l'avènement de la démocratie dans notre pays, démocratie qui passe par l'alternance. Nous nous battons pour l'alternance dans notre pays.

Le pouvoir en place croit plutôt que vos revendications et le mode opératoire se sont radicalisés. Les militants du PNP qui exigent des forces de l'ordre de réciter des versets du Coran pour avoir la vie sauve, allusion faite aux militaires qui seraient exécutés et décapités à Sokodé. Que s'est-il réellement passé concernant les militaires en question ?

Personne n'est dupe pour croire à ce montage fait de fils gros et blancs. Aucun gouvernement africain comme occidental n'y croit. D'ailleurs, il est très facile de voir qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent. Personne n'a été décapité à Sokodé. Les auteurs de ces allégations mensongères sont les premiers à savoir que c'est faux. Ce n'est pas nouveau ; ce régime a toujours fonctionné sur le mensonge. Donc, rien de surprenant.
Pour ce qui s'est réellement passé à Sokodé, vous devez vous adressez au laboratoire de montage de RPT/UNIR. Exigez de sa part la vérité sur la question. Les spécialistes de ce laboratoire vous diront, s'ils décident pour une fois d'être sincères avec eux-mêmes, ce qui s'est réellement passé.
Ce même Sokodé, comme Bafilo, a accueilli des enfants sans parents, donc des personnes vulnérables à tous points de vue. Ces enfants totalement démunis, presqu'orphelins ont été logés et nourris gratuitement dans des maisons qui abritaient des écoles coraniques de vestibule. Il ne leur a jamais été demandé d'apprendre à lire le Coran puisqu'ils ne sont pas des enfants de familles musulmanes. Aujourd'hui, ces enfants sont devenus des cadres du pays. Ils sont nombreux. Il y en a qui figurent parmi ceux qui accusent leur milieu d'accueil d'intégrisme islamique. Ils se reconnaissent à travers cette réponse. C'est de l'ingratitude pure et simple. 

En octobre 2017, vous appeliez à l'intervention du président MACRON dans la résolution de la crise. Avez-vous aujourd'hui le sentiment que ni la diplomatie occidentale ni celle africaine ; CEDEAO, UA ne veulent aider l'opposition togolaise dans sa quête d'alternance ?

Si ; les diplomaties africaine (CEDEA, UA), européenne et américaine sont à l'œvre. Certaines actions sont visibles, d'autres s'exercent en lame de fond. Mais toutes ces diplomaties concourent à la résolution définitive de la crise. Les Présidents Alpha Condé et Nana Akufo Addo font un travail admirable. Il y a aussi les Président Patrice Talon du Bénin et Rock Kabore qui gardent l'Å“il sur le processus, conformément à ce qui leur a été demandé lors du dernier sommet de la CEDEAO à Abuja au Nigeria. 

Dans votre message à la Nation, vous déclariez que la coalition se porte bien. Est-ce une manière diplomatique de faire taire ceux qui évoquent la guerre du leadership au sein de la coalition entre l'ANC et le PNP ?

Evidemment la coalition se porte bien. L'adversaire du PNP, qui se confond avec l'adversaire du peuple, ne se trouve pas au sein de la coalition ; il est en face de la coalition. C'est dans le même état d'esprit que se trouve l'ANC de Jean-Pierre Fabre.

Vous n'avez jamais cru à la bonne foi du régime quant à la résolution de la crise par un dialogue. Comment expliquez-vous que le PNP soit aussi emballé par un dialogue auquel les Togolais accordent peu de crédits ?

Le PNP a répondu favorablement au dialogue, mais autour d'un ordre du jour précis, partant d'un cadrage clair et d'un format conséquent. Le PNP n'est pas emballé ; il est engagé de façon lucide puisqu'il croit aux acteurs de la médiation en cours. Il faut rappeler que le dialogue pour lequel nous nous préparons n'est pas une initiative du pouvoir en place.

Après le dialogue, s'ouvriront les élections locales et législatives. Le PNP a-t-il déjà des candidats pour les différentes compétitions électorales ?

Qui dit élection dit choix par les citoyens. Donc l'élément le plus important dans une élection c'est le peuple. Or aujourd'hui, le peuple togolais ne parle pas d'élection ; il parle d'alternance. 

Quels sont les derniers développements concernant votre siège brûlé en plus des biens de certains togolais ?
Ceux qui ont brûlé le siège du PNP sont revenus dans la nuit du 29 au 30 décembre 2017 (veille de la marche du 30) avec une pick up et une longue échelle pour l'opération. Ils ont été arrêtés dans leur tentative par la présence de jeunes habitants à proximité du siège. Peut-être qu'ils sont venus déposer quelque chose que la police ou la gendarmerie viendrait retrouver. Imaginez la suite. Les Togolais dont les boutiques et ateliers ont brûlé, ont tout perdu dans cet incendie criminel. Ils ont vu leurs activités stoppées net puisque tout a brûlé.


Interview Réalisée par Sylvestre BENI

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