Article

Article

Crise post-électorale : Le Benin sombre en silence


Crise post-électorale : Le Benin sombre en silence

Depuis les dernières élections législatives refusées aux partis d’opposition, le Benin de Patrice Talon plonge progressivement dans le chaos. Les douloureux évènements de la semaine dernière à Tchaourou au nord et Savè au centre du pays sont révélateurs d’une crise post-électorale profonde que vit le Benin après 29 ans de démocratie. Le silence de la CEDEAO et l’UA inquiète.

Les grandes guerres naissent de petites étincelles, renseigne-t-on. Les élections législatives du 28 avril 2019 continuent de diviser profondément les populations béninoises du fait que les partis d’opposition ne sont plus à l’Assemblée nationale, quasiment empêchés sur des détails politiques par le régime de Patrice Talon. Une réalité qui crée depuis lors, de multiples tensions dans le pays débouchant sur des morts et des blessés, chose que les Béninois n’ont plus vécu depuis la fin des années de coup d’état et l’instauration de la démocratie à travers la salvatrice conférence nationale de 1990.

Havre de paix, jadis cité dans la sous-région comme un modèle de démocratie, le Benin abîme sérieusement son image depuis quelques années par la fréquence des tensions politiques avec mort d’hommes. Les multiples décès et blessés annoncés par les medias la semaine dernière à Tchaourou dans la commune d’origine de Thomas Boni Yayi et Savè suite aux affrontements entre les chasseurs traditionnels et les forces de défense et de sécurité, prouvent à suffisance que le Benin est sur des braises ou sur un volcan en gestation et si de sérieuses mesures ne sont pas prises pour étouffer ce conflit, l’embrasement serait fatal pour ce pays. Mais pour l’éviter le pourrissement de la situation, le Benin a forcément besoin du soutien des instituions sous régionales et organisations africaines, telles que la CEDEAO et l’Union Africaine (UA), etc.

Curieusement, ces organisations précitées ne montrent pas assez d’attraits pour le Benin pour de sérieuses résolutions, se contentant de régler les conséquences de cette crise politique que de chercher à régler la crise. Aujourd’hui, le mal béninois se définit par les législatives du 28 avril 2019 sans les membres de l’opposition, ce qui provoque des violences à répétition et des foyers de tension et régions de résistance qui se répandent à travers le pays. Les affrontements meurtriers qui ont eu lieu à Cotonou, la capitale, le 1er mai 2019, entre les contestataires du scrutin et les forces de défense et de sécurité semblent conquérir le pays, envenimés par le bras de fer Patrice Talon et Boni Yayi.

Face à la dégradation de la situation, Olusegun Obasanjo, ancien président nigérian et John Kufuor, ancien président ghanéen ont, dans une déclaration commune, appelé la CEDEAO et l’Union Africaine à prendre leurs responsabilités. Pour eux, il faut agir vite : « Nous appelons l’Union Africaine à envoyer une forte délégation au président Talon pour qu’il relâche son prédécesseur (Yayi Boni, ndlr) qui a besoin de soins médicaux à l’étranger. L’UA et la CEDEAO doivent prendre des mesures pour que la situation ne se dégrade encore plus. La République du Bénin doit être aidée pour que la démocratie soit renforcée, » peut-on lire dans leur lettre officielle.

Le Directeur d'Amnesty International en Afrique de l'Ouest, Alioune Tine, a également réagi à travers un tweet, demandant aux chefs d’Etat de la sous-région d’agir promptement, car ce pays est en danger : « Agir d'urgence et avec efficacité pour éviter l'effondrement du Bénin et la vulnérabilisation de la Région incombe en premier lieu aux Présidents en exercice de la CEDEAO et de l'UA. Le Bénin est en danger, le Président Yayi Boni a également besoin de la solidarité des Pairs, » écrit-il.

Aujourd'hui dans la sous-région, le Burkina Faso, le Mali et le Niger vivent de pires moments avec la vague des attentats terroristes sur leur sol, le Togo, quant à lui, n’est pas totalement sorti de l’auberge en ce qui concerne sa crise politique née des mouvements du 19 août 2017. Les élections présidentielles de 2020 cristallisent les énergies et les appréhensions sont vives lorsqu’on connait l’histoire des élections émaillées de violences au Togo. Alors, si le Benin doit aussi sombrer, que serait devenue l’Afrique de l’Ouest ?

Sylvestre BENI

E-Press @ Copyrights CreativesWeb 2018 La Manchette