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Crise de chefferie dans le Yoto: le ministre Boukpessi, encore lui !


Crise de chefferie dans le Yoto: le ministre Boukpessi, encore lui !

Depuis quelques années, le canton d’Esse-Godjin, préfecture de Yoto est en proie à un déchirement interne à cause des manœuvres de quelques individus dont le dessein malveillant est d’usurper le trône de Togbui Abessan Kotiko Moussa III, décédé en 2009. Ils en sont arrivés le samedi, 13 juin 2020, manifestement avec la complicité des responsables du pays, dont le ministre Payadowa Boukpessi qui, en dépit de toutes les contestations des chefs traditionnels, confient le canton d’Esse-Godjin à un quidam qui n’est ni descendant du défunt chef, ni désigné par consultation populaire d’après la loi régissant la désignation des chefs traditionnels. Cette forfaiture fait soulever plus d’une soixantaine de chefs traditionnels qui appelle le Chef de l’Etat à faire rétablir la justice.

Contrairement à la pratique d’intronisation officielle des chefs traditionnels au Togo, le 13 juin 2020, dans le Bureau du préfet de Yoto, M. Amouzou Koku Noèté, a été fait chef canton d’Esse-Godjin sous le nom de Togbui Klébégui II.

Le décret à lui remis par ledit préfet Alibo Yawo Cyrille sur instruction du ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales, Payadowa Boukpessi, suscite depuis des contestations de plusieurs chefs traditionnels de la préfecture de Yoto dont ceux d’autres préfectures, qui refusent de soutenir la forfaiture, celle de remettre le chef canton d’Esse-Godjin à une personne qui n’est ni descendante du défunt chef Abessan Kotiko, ni désignée par consultation populaire selon la loi. Ils étaient près d’une soixantaine de chefs traditionnels à se rendre à la Primature en mars 2018 pour manifester de vives voix leur indignation devant le Premier ministre Sélom Klassou contre le décret de reconnaissance du sieur Amouzou au lieu de M. Abessan Atakoessi, fils du défunt Togbui Abessan Kotiko Moussa III, digne héritier du trône et, candidat désigné à l’unanimité du CCTY, Conseil des chefs traditionnels de la préfecture de Yoto. Aussi faut-il préciser qu’exaspérés par la dérive de désignation du sieur Amouzou, les chefs traditionnels de la préfecture de Yoto ont adressé un courrier d’audience auprès du Chef de l’Etat (courrier déchargé par la Présidence le 25 avril 2016) dans lequel, ils souhaitent lui expliquer la situation afin de « faire renaître dans le collège des chefs, un climat de stabilité, de confiance et de sérénité ». Plus tard, le 06 juillet 2018, ayant appris le décret portant reconnaissance de la désignation de M. Amouzou en qualité de chef canton d’Esse-Godjin en conseil des ministres du 27 février 2018, le Conseil du trône du canton d’Esse-Godjin a envoyé au président de la République, une nouvelle correspondance de « recours gracieux » contre ce décret, prenant soin de retracer les faits dans ses petits détails.

En effet, il appert que le village d’Esse-Godjin a toujours eu un historique de chefferie traditionnelle pacifique et épanouissant. Togbui Kotiko Kodjo Abessan fut le premier à être revêtu de ces nobles prérogatives de chefferie traditionnelle d’Esse-Godjin par les colons allemands et ce jusqu'en 1940. Les emblèmes afférents, actuellement exposés au musée d’Aného en témoignent. Il s’agit entre autres, du hamac, du drapeau allemand, de l'épée, de la casquette allemande, du gougouemi (tam-tam traditionnel de la localité) etc. Sa succession a été assurée par Togbui Wuiti Abessan, intronisé le 14 mars 1944 en application de l’arrêté N° 602 du commandant de cercle d'Aného.

Déchu arbitrairement en 1962 par des motifs purement politiques selon nos informations, il fut remplacé en totale contradiction des us et coutumes du milieu, par M. Amegnran en vertu de la décision N°10 de Théophile Mally. Mais, après un an environ, Togbui Wuiti Abessan est rétabli dans ses droits par l'arrêté N°16 du 18 juillet 1969 du sieur Hunlede, chef de circonscription avec l’onction du ministre de l’intérieur d’alors, Monsieur Grunitzky et ce, jusqu'en 1969.

Togbui Abessan Kotiko Moussa III, succédera à ce dernier à partir du 13 mars 1970 en vertu de la décision N°2/CAT de Kodjovi Gaspard, approuvée par le ministre de l’intérieur D. ALI. Esse-Godjin sera plus tard érigé au rang des chefs lieu de canton dans le cadre de la politique de décentralisation des collectivités locales entreprises par feu général Gnassingbé Eyadema, alors président de la République Togolaise. Togbui Moussa Abessan est ainsi devenu le 25 mai 2003, chef canton d’Esse-Godjin par le décret N°2003-203/PR du conseil des ministres. Bref, la chefferie traditionnelle d’Esse-Godjin est dévolue de façon incontestable et irrévocable à la famille ABESSAN.

Contre toute attente, une crise de succession s’est déclenchée en 2009 suite au décès de Togbui Abessan Kotiko Moussa III. « Cet artifice », d’après le conseil du trône du canton d’Esse-Godjin « est l’œuvre de sieur Koumondji Samuel qui, a tenté de destituer le régent dudit village, légalement établi. Ainsi, il pourra faire installer Amouzou Koku Noèté, un de ses fidèles collaborateurs au trône d’Esse-Godjin. Il sera par la suite l’auteur de la corruption de certains membres du conseil coutumier qui ont voulu outrepasser leurs attributions par des affabulations ». Résultat, M. Amouzou Koku est désigné par décret chef canton le 13 juin dernier.

Or, réuni en session extraordinaire, le Conseil des chefs traditionnels de la préfecture de Yoto (CCTY) a adopté à l’unanimité, la résolution N°17/2015/CCTY en date du 12 décembre 2015 qui stipule entre autres, la nécessité de la désignation du successeur de feu Togbui Moussa Abessan Kotiko III au rang de ses descendants, l’exclusivité du choix du candidat à la succession réservée au conseil du trône constitué par certains membres de la famille Abessan et l’interdiction faite au conseil coutumier de procéder sous quelque prétexte que ce soit au choix primaire des postulants au trône. Ladite résolution a été communiquée au ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales le 06 Janvier 2016 (lettre en fac similé, ndlr).

Alors, leur surprise fut grande de constater que M. Amouzou fait l’objet d’un décret de reconnaissance par le conseil des ministres du 27 février 2018 pendant que l’Union des Chefs Traditionnels de Yoto, et des cadres de la localité étaient à pied d’œuvre pour rendre opérationnel le conseil coutumier mis en place « fortement instrumentalisé » par M. Koumondji Samuel, qui s’est volé en éclats avec la démission de trois (03) principaux participants, notamment Togbui Oglikou Komlan, Togbui-Temanou S. Kodjo et Togbui Djagli Kofi II qui refusent de cautionner l’arbitraire (confer la note d’information et le courrier en date du 08 février 2017).

Ainsi, beaucoup se demandent par quelle magie, la désignation du sieur Amouzou Koku en qualité de chef canton d’Esse-Godjin a été possible ? Évoquant l’inexistence d’un procès-verbal dressé et signé par le conseil coutumier légalement constitué, soulignant que le conseil coutumier préfectoral n’a jamais donné son avis sur un quelconque procès-verbal, ils s’interrogent sur le genre de procès-verbal qui est parvenu au ministre Boukpessi et sur quelle base ce dernier a-t-il pu donner son onction avant d'être transmis au conseil des ministres.

En réponse à ces interrogations, le Conseil du trône conclut qu’il « ne fait aucun doute que le procès-verbal, objet du décret précité est absolument un faux et ses auteurs en ont fait usage aux mépris des us et coutumes d’Esse-Godjin, de l’arsenal juridique en vigueur ».

Il faut relever que la loi n°2007-002 du 08 janvier 2007 relative à la chefferie traditionnelle et au statut des chefs traditionnels au Togo a mis des garde-fous afin de prévenir et lutter contre les dérives autoritaires tendant à usurper les trônes réputés sacrés et stratégiques quant à l’unité. De la lecture de cette loi, le Conseil du trône déclare que la désignation de M. Amouzou est en totale contradiction avec l’article 10 de la loi précitée qui stipule : « la désignation et l’intronisation du chef traditionnel obéissent aux us et coutumes de la localité. La désignation se fait : par voie de succession héréditaire ou, par voie de consultation populaire ». En d'autres termes, le choix du chef canton d’Esse-Godjin doit être fait par voie de succession héréditaire. « La présente désignation est complètement illégale au regard de cette disposition puisque Monsieur Amouzou Koku Noèté n’est ni descendant du défunt, ni désigné suite à une consultation populaire », dit-il.

Au regard de toutes ces irrégularités soulignées, la population du canton d’Esse-Godjin représentée par le Conseil des chefs traditionnels de la préfecture de Yoto lance un cri de détresse, un appel au Chef de l’État en ces termes : « Ne dit-on pas qu’aux grands maux, de grands remèdes ? Le bateau de la stabilité du canton d'Esse-Godjin chavire. Vous êtes le seul en qui la population togolaise en général, celle d'Esse-Godjin en particulier, a confiance. Elle vous appelle au secours. Ne lui privez pas de gilets de sauvetage. Elle vous sera à jamais reconnaissante. Nous aimerions pour ce faire qu’il vous plaise, SEM le Président de la République de bien vouloir annuler le décret portant reconnaissance de la désignation de Monsieur Amouzou Koku Noèté en qualité du chef canton d’Esse-Godjin par le conseil des ministres du 27 février 2018 (et sa reconnaissance officielle le 13 juin, ndlr) pour vices de procédure et d’instruire le ministre en charge de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales pour que Monsieur Abessan Atakoessi, héritier du de cujus accède au trône. Ainsi nous vous seront infiniment reconnaissants ».

À suivre

Xavier AGBEVE

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