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Contre le coup de force électoral: Le peuple est prêt


Contre le coup de force électoral: Le peuple est prêt

Plus rien ne semble arrêter le pouvoir togolais dans l’organisation unilatérale du prochain scrutin législatif déjà décrié par la plupart des togolais. Faure Essozimna Gnassingbé, le chef de l’Etat togolais et ses amis du régime, faisant de la date du 20 décembre prochain une des plus sacrées au monde et, en dépit de multiples appels des couches sociales du Togo appelant au report du scrutin parce que craignant le chaos, eux, veulent coûte que coûte maintenir le scrutin, advienne que pourra. Une témérité assez osée qui fait braquer l’opposition et tous ses militants qui se disent aussi prêts à tout. Le pire est donc à craindre.

Dans une sortie médiatique sur les antennes de BBC Afrique le dimanche 2 décembre dernier, la députée ivoirienne et vice-présidente du Parlement de la CEDEAO, Mme Kamara Aminata Toungara, a joint sa voix à celle des couches sociales du Togo dont la Conférence des évêques du Togo et les acteurs de la société civile togolaise sans oublier ceux de la sous-région, appelant au report du scrutin du 20 décembre du fait des risques de chaos qui planent sur la nation togolaise. « Le Togo est un petit pays de la sous-région. S’il s’embrase, le Ghana, le Bénin et même la Côte d’ivoire prendront un coup. Il ne faut pas précipiter les élections. Moi, je pense en âme et conscience qu’il faut attendre », a déclaré Mme Toungara avant de faire noter qu’elle discutera avec le président de la Commission de la CEDEAO pour attirer son attention sur la gravité de la situation togolaise. Aussi a-t-elle émis le vœu que « les chefs d’État (de la CEDEAO, ndlr) puissent se retrouver et qu’ils disent au président (Faure Gnassingbé, ndlr) de mettre balle à terre et qu’on reporte la date de ces élections ». Pour cette parlementaire ivoirienne de la CEDEAO, au Togo, l’urgence aujourd’hui n’est pas l’organisation des élections législatives qui peuvent bien se tenir en mars ou avril 2019. La même proposition a été faite il y a quelques mois par Me Ata Zeus Ajavon, ancien Directeur exécutif du CACIT, Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo.

Pour André Kangni Afanou, le successeur de Me Ajavon, « précipiter les élections sans une claire définition des règles du jeu, cela ne fait que remettre en cause la paix sociale et la stabilité de l’ensemble de la sous-région ». Il soutient aussi qu’« organiser un scrutin sans la participation des principaux partis d’opposition regroupés au sein de la Coalition des 14 partis politiques de l’opposition, cela donne l’impression que le pouvoir ne serait pas capable d’affronter cette opposition dans une compétition transparente et loyale. Tout ceci est regrettable car, ce qui est en jeu, c’est la nécessité de refuser tout ce qui est moyen. C’est la nécessité d’avoir une gouvernance de qualité dans le pays ».


Mais comme à son habitude, et restant toujours dans la posture du gouvernement de Faure Gnassingbé qui veut à tout prix organiser les législatives le 20 décembre 2018, le ministre de la fonction publique et porte-parole du gouvernement, Gilbert Bawara est monté au créneau pour fustiger dans une indécence indicible, la sortie de la parlementaire de la CEDEAO : « La députée ivoirienne s’est laissée manipuler et abuser par les députés de l’opposition qui prenaient part aux travaux du parlement de la CEDEAO à Abuja ». Une forme d’insulte à l’intelligence de cette valeur sûre africaine. Il a aussi souligné que « les propos et la prise de position de madame Aminata Toungara n’auront aucune incidence et aucun impact sur le calendrier électoral ». Par le passé, Gilbert Bawara a aussi déclaré que l’opposition togolaise n’est ni sérieuse ni crédible et qu’elle est dans une logique de défiance, de provocation et d’affrontement, mais que « le gouvernement togolais est suffisamment préparé à toutes les éventualités ».

Dans le même ordre d’idées, son collègue de la Sécurité et de la Protection civile, le ministre Yark Damehame laissait entendre qu’ils ne feront pas « de détails » et « qu’il n’y aura pas de pardon pour ceux qui se mettraient au travers de ces élections ».

Quant au sieur Payadowa Boukpessi, ministre de l’administration territoriale, c’est à travers un communiqué aussi surprenant que laconique violant le droit constitutionnel autorisant les manifestations pacifiques publiques, que celui-ci a interdit durant la période de campagne électorale, les manifestations pacifiques de la C14, Coalition des 14 partis de l’opposition. En clair, le gouvernement togolais est dans une attitude belliqueuse mettant au défi tous ceux qui se mettraient outrageusement sur sa route. Une situation qui contraint aussi le peuple togolais à se montrer plus en colère contre le régime Faure Gnassingbé.

Des millions qui disent non…et prêts
  Bravant le chaud soleil du samedi dernier à Kpalimé, Sokodé, Dapaong, Bassar, Lomé, etc. c’est une foule de personnes engagées, une fourmilière humaine, aux couleurs des différents partis de la C14, qui est sortie pour manifester son courroux contre la gestion scabreuse et calamiteuse du Togo par Faure Gnassingbé, et surtout contre l’organisation unilatérale des élections.

« Pas de réformes, pas d’élections », « Non, le peuple togolais ne se laissera plus duper », « la libération du Togo, c’est maintenant »
…les écriteaux des militants de la coalition des 14 montraient clairement l’envie des uns et des autres à « ne pas être complices » d’une énième mascarade électorale au Togo. Et devant la menace des autorités togolaises, surtout la mise en garde précitée du ministre Yark, les militants de l’opposition se disent aussi prêts à toutes les éventualités.

Sur la radio Victoire ce lundi 3 décembre 2018, face au rappel de la mise en garde du Général Yark Damehame à l’endroit de l’opposition, l’un des leaders de la coalition, le député Jean Joël Kissi du CAR, rassure aussi que « le peuple est prêt ». Il est allé plus long évoquant même l’article 150 de la constitution togolaise : « En cas de coup d’Etat, ou de coup de force quelconque, tout membre du Gouvernement ou de l’Assemblée nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants. Dans ces circonstances, pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs… ».

Cette dimension que prend la crise aujourd’hui, rappelle les douloureux évènements de 2005 à la mort du Général Eyadéma. A cette époque, le chef d’escadron François Akila Esso Boko, ministre de l’Intérieur en charge des élections, évoquant un scrutin à risques et craignant de graves exactions, avait demandé le report du scrutin. Malgré ses avertissements du carnage en préparation, le pouvoir public togolais sous la présidence intérimaire d’Abass Bonfoh a refusé catégoriquement tout report du scrutin. Des chefs religieux, des avocats, des acteurs de la société civile, etc. ont organisé une marche pacifique à l’issue de laquelle ils vont trouver le Président par intérim de la République dans sa résidence à la « Cité OUA » et l’ont supplié de reporter le scrutin afin de préserver la paix et des vies humaines. Peine perdue ! Les pauvres ont parlé à un mur. Le reste, tout le monde le sait : 400 à 500 personnes tuées selon le rapport de l’ONU.

Aujourd’hui, dans les mêmes configurations, les chefs religieux, les acteurs de la société civile, etc. demandent ouvertement le report du scrutin. Encore une fois, le pouvoir togolais oppose un refus catégorique. Or, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent essentiellement les mêmes effets. Que l’éternel bénisse le Togo.

Sylvestre BENI

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