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Combat pour l'alternance et le changement - Opposition togolaise : Le temps des interrogations !


Combat pour  l'alternance et le changement - Opposition togolaise : Le temps des interrogations !

Incertitude, autisme ou statu quo, voici des mots qui définissent aujourd'hui le quotidien de la situation politique au Togo où l'ambiance semble présager toutes apparences de la normalité. Après cinq mois de luttes politiques conduites par une opposition démocratique très volontaire, engagée, cohérente aussi bien dans ses actions que dans ses réactions, la tension aujourd'hui, ou la pression sur le régime semble relativement à la baisse. La coalition des 14 partis ne fait plus rêver, non, elle ne mobilise plus autant de gens dans les rues comme à ses débuts. La lassitude a-t-elle gagné les esprits ? La monotonie devient-elle la recette que beaucoup n'apprécie plus ? Quelle alternative plausible pour parvenir à l'alternance et au changement ? Autant d'interrogations qui nourrissent les préoccupations des populations.

Que faire ?
Ils semblent loin ces jours où Déckon et ses environs refusaient du monde parce qu'impossible de contenir la fourmilière humaine, cette grande foule de Togolais debout, déchaînée et prête à arracher au prix de tous sacrifices, l'alternance et le changement. Ils semblent progressivement loin ces jours où Sokodé endossait le manteau de la résistance, bastion imprenable, épicentre de la contestation populaire, fief perdu d'un régime qui impuissant, voyait ses nombreux soutiens civils comme militaires détalés devant la colère des populations, la fureur ou la rage d'un peuple mû par des objectifs considérés : faire partir le régime pour asseoir les bases d'une démocratie véritable et ensuite consolider l'Etat de droit. Oui, ils semblent visiblement si loin ces jours où les leaders de la contestation, ces présidents des partis de la coalition pouvaient s'offrir quelques formules en leur honneur : « C'est trop tard pour dialoguer avec Faure Gnassingbé, » et « si discussion, il doit y avoir, ce serait sur les conditions de départ du président ». En ce moment, le rapport de forces était véritablement en faveur de la rue. Ils semblent encore si loin ces jours où les chaînes internationales ouvraient leurs antennes par le Togo, ne parlant que du Togo et refermer par les informations togolaises. Ils semblent enfin si loin ces jours où Faure Gnassingbé ne pouvait pas prendre le risque de sortir du pays, où par la crainte d'un renversement du régime, il envoya rapidement des textes de reformes à l'Assemblée nationale pour étude et adoption, ce qu'il refusait depuis 11 ans. La panique avait changé de camp.

Aujourd'hui, visiblement, le pouvoir en place semble avoir le contrôle de la situation et le chef de l'État se reprend dans son sport favori : le mépris. « Certains ont cru que mon renversement par la force était faisable, » a-t-il déclaré. « L'objectif (de l'opposition), dit-il, était de rééditer une sorte de scénario insurrectionnel. Ce à quoi nous avons assisté ensuite n'était rien d'autre qu'une tentative de prise du pouvoir par la rue. Elle a échoué ». Quand la musique change, la danse change, dit-on souvent. Le chef du parti UNIR, Faure Essozimna Gnassingbé, peut encore se permettre ses formules jusqu'au revirement de la situation. En fait, c'est cela la politique ! Chaque acteur profite bien de l'instant présent. Mais, comment est-ce possible que l'opposition qui avait la faveur des pronostics, avec une si grande coalition politique emplie d'hommes et de femmes d'expérience et le peuple togolais tout dévoué à sa cause, semble laisser passer l'orage ? Pourquoi ne semble-t-elle pas en mesure de capitaliser sur le potentiel humain dont elle dispose pour forcer la main au régime et engager le changement ? La rue semble faiblir dans son élan et si rien n'est fait, c'est peut-être le temps qui aura raison de son allant.

Et si c'était la stratégie
La politique politicienne a certes ses dimensions que beaucoup d'esprits non avertis ne puissent en appréhender la portée. Cependant, elle ne procède pas des rudiments d'une science infuse ni de la métaphysique pour qu'il soit difficile d'en déterminer les contours. Tout fait existentiel à sa compréhension même dans l'esprit du tout petit.

Il y a quelques mois, Jean-Pierre FABRE faisait une confession : « Le peuple est comme-çà ! C'est nous, les hommes politiques qui avons dilapidé sa disponibilité. (Nous n'avons pas) bien utilisé, au moment opportun, la disponibilité populaire, » a déclaré le Président de l'ANC à une période où les Togolais ne se bousculent plus pour les marches de protestation.

Aujourd'hui, si elle n'y prend garde, l'opposition togolaise risque de faire la même lecture des choses. Car, après le réveil du 19 août 2017 qui consacre la fin de la période d'hibernation du peuple togolais, plus que jamais décidé à arracher sa nouvelle indépendance du régime des Gnassingbé, l'impression qui se dégage à la suite de cinq mois de contestation populaire dans les rues, est que progressivement, l'on replonge dans les travers habituels. L'analyse de la situation sociopolitique sur ces cinq derniers mois au Togo, renvoie aux mêmes schémas des années 2012 et 2014.

Le 12 juin 2012, était pour beaucoup, l'occasion manquée pour l'opposition togolaise de réaliser enfin l'alternance car, à l'appel du Collectif Sauvons le Togo, (CST), le monde fou, (500 mille personnes selon les organisateurs), qui a pris d'assaut Déckon, pourrait faire balancer le pouvoir en place. Le régime avait sérieusement pris peur comme ce fut le cas à Déckon, le 7 septembre 2017. « Si le rassemblement du 12 juin 2012 à Déckon, à l'appel du CST n'a pas pu conduire à la libération du Togo, c'est fondamentalement parce que des orientations contradictoires sur les objectifs et la direction de la lutte ont paralysé l'efficacité du CST à l'époque, » fait savoir Claude AMEGANVI du Parti des Travailleurs. « Certains, précise-t-il, voulaient que s'exprime la souveraineté populaire à cette occasion ; d'autres voulaient n'en faire qu'un moyen de pression pour négocier un nouveau dialogue et une solution de partage du pouvoir avec le régime RPT/UNIR. Malheureusement, ce sont ces derniers qui l'ont emporté comme on l'a vu avec les plus catastrophiques négociations de l'histoire de l'opposition togolaise ; lesquelles ont conduit au désastre électoral des législatives de juillet 2013 et établi la lamentable configuration de l'Assemblée nationale actuelle où cette opposition est archi minoritaire ». 
La réalité des faits est que l'opposition qui, soutenue par de milliers de Togolais dans les rues, avait le rapport de forces en sa faveur, est aujourd'hui presque devenue « quémandeuse » d'un dialogue devant un régime qui se refait et la méprise. « Nous n'irons pas à un dialogue pour négocier un départ immédiat ou un engagement futur du chef de l'Etat à partir. Il faut que les gens sortent cela de la tête, » prévient l'ancien ministre Christian Trimua avant que son patron Faure Gnassingbé ne renchérisse : « Il y aura un dialogue et un référendum, mais pas de conférence nationale bis ». De l'analyse de ces déclarations, le régime veut montrer qu'il a le contrôle de la situation. 

En 2014, l'opposition togolaise était divisée devant la proposition des députés UNIR de laisser leur « champion » Faure Gnassingbé « compétir » pour un autre mandat, une condition sine qua non pour apporter leur caution à la proposition de loi de l'opposition parlementaire sur les reformes constitutionnelles et institutionnelles. Beaucoup avaient estimé que c'était l'occasion de saisir la main tendue et aujourd'hui, Faure Gnassingbé serait à son dernier mandat à la tête du Togo.
S'il est vrai que l'on ne devait pas trop ressasser le passé tant que la vie se prolonge, il est aussi vrai que celui qui n'a pas tiré leçons des erreurs du passé, est condamné à les revivre. 

Aujourd'hui, quatre questions sont indispensables aux leaders de l'opposition togolaise en vue d'en déterminer le futur de la lutte démocratique au Togo : Où sommes-nous ? Où voulons-nous aller ? Quelles sont les moyens dont nous disposons ? Enfin, Comment y arriver ?

Les différentes réponses à ces quatre questions précitées donneront une orientation plus claire à la lutte qu'elle ne l'est ces derniers jours afin que la mobilisation des Togolais puisse vraiment reprendre. Aussi est-il superfétatoire de rappeler que la politique est aussi un rapport de forces et que lorsqu'on décide d'aller chasser dans une mare aux requins, l'on doit développer une batterie de stratégies et prendre toutes les précautions possibles sinon, à la fin, l'on ne peut bien se marrer.

Sylvestre BENI

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