Article

Article

Bénin: Talon file du mauvais coton


Bénin: Talon file du mauvais coton

Depuis fin avril 2020, le Bénin ne permet plus à ses citoyens et aux organisations de la société civile du pays de saisir directement la Cour africaine des droits de l’homme en cas de violation de leurs droits. Cette décision fait suite à ce que l’État béninois qualifie de « dérapages » et de « graves incongruités » qui éloignent cette Cour de « son champ de compétence ». Et, pendant que les citoyens béninois se faisaient de la bile au sujet de cette décision qui isole leur pays sur la scène africaine, d’autres informations font état du retrait progressif du Bénin de plusieurs institutions internationales. Là, la crainte d’une dictature en gestation occulte les esprits au Bénin.

« Si la voix du Bénin ne peut plus redonner sur le plan international, que reste-t-il alors de notre souveraineté? ». Cette interrogation d’un citoyen béninois vaut son pesant d’or et, exprime au même moment, son inquiétude quant à l’avenir de son pays, le Bénin, mais aussi et surtout de la postérité.

En effet, tout a commencé lorsque la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) a ordonné le 17 avril 2020 à l’État béninois de suspendre l’organisation des élections communales et municipales, tenues le 17 mai 2020. La CADHP avait été saisie en novembre 2019 par l’opposant béninois en exil, M. Sébastien Ajavon qui évoquait des violations de ses droits, et se plaignant de « préjudices irréparables » en cas d’organisation desdites élections. Mais, pour l’exécutif béninois, l'application de cette décision de la CADHP remettrait en cause la souveraineté de l'État béninois, encore qu’« il n’est pas dans les prérogatives de la CADHP d’enjoindre à un État d’interrompre son processus électoral qui est un acte de souveraineté ». Au-delà, l'État béninois estime que depuis plusieurs années, les décisions rendues par la CADHP ont suscité de vives préoccupations en raison de « graves incongruités ». Conséquence : Le gouvernement béninois a retiré sa déclaration au protocole instituant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

Alors que la société civile et l’opposition béninoises récusaient cette décision impopulaire du président Patrice Talon de retirer le Bénin de cet instrument sous régional qu’est la CADHP, une information plus alarmante et plus gravissime vient occuper l’espace médiatique annonçant que l'État béninois est à pied d’œuvre pour non seulement retirer ses représentants auprès de plusieurs institutions internationales, mais aussi de fermer la majorité de ses ambassades à l'étranger.

L’information suscite depuis lors un tollé général dans le pays. Ce lundi, 22 juin 2020, dans une lettre ouverte adressée au président Talon, le Groupe d’études et de recherche sur la démocratie et le développement économique et social en Afrique (GERDDES) est revenu sur le sujet en ces termes : « Les informations qui circulent dans notre pays et qui font état de la fermeture de la majorité de nos ambassades, ainsi que de nos représentations auprès des institutions multilatérales (ONU, UA, UNESCO, UE, etc.) font froid dans le dos et seront irréparablement et durement dévastatrices si elles sont effectivement mises en œuvre, surtout que les immeubles abritant ces représentations seraient déjà mis en vente ». Aussi le GERDDES invite-t-il le chef de l'État béninois à ne permettre qu'un tel séisme frappe le Bénin dont le peuple a vocation à l'émigration alors que le pays lui-même a besoin du monde et de son multilatéralisme.

La situation, d’après plusieurs citoyens béninois, fait craindre une dictature en gestation et pis, aucune institution internationale ne pourra plus intervenir dans les problèmes du Bénin. Pour l’heure, l’État béninois n’a ni confirmé ni infirmé ces informations qui circulent dans le pays et les populations, elles, s’impatientent.  

E-Press @ Copyrights CreativesWeb 2018 La Manchette