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Augustino de Souza : Esquisse de la fortune d’un patriarche bâtisseur


Augustino de Souza : Esquisse de la fortune d’un patriarche bâtisseur

Dans la précédente parution du 18 août 2021, la rédaction du journal La Manchette évoquait déjà le sujet relatif au patrimoine du patriarche Pa Augustino de Souza sur fond de diverses interrogations. Car, bien qu’actée par décision judiciaire en date du 04 novembre 1963 d’après des indiscrétions, la liquidation de la succession se révèle jusqu’aujourd’hui, une mission quasi impossible du fait d’un certain nombre de zones d’ombre qui entourent cet épineux dossier. En attendant l’épilogue du feuilleton judicaire dans lequel les différents acteurs se sont empêtrés depuis des lustres, n’y a-t-il pas lieu de s'interroger sur la fortune du patriarche bâtisseur ?  

L’histoire de chaque famille togolaise a toujours été portée par des visionnaires, des leaders éclairés ou alors de grands rêveurs qui ont su et pu conjuguer l’avenir au présent. Au rang de ces grands visionnaires, se trouve en tête du peloton, le patriarche Pa Augustino de Souza alias « Gazozo ».

Né en 1877 à Agbodrafo (Porto Seguro), Pa Augustino Ezéchiel de Souza n’a donc pas dérogé à la tradition historique de cette grande famille. Il est le Petit-fils du Chacha Francisco Félix de Souza (1760–1849) célèbre négociant venu du Brésil qui deviendra plus tard Gouverneur de Ouidah sous le règne du roi du Danhomè.

Tout comme son ancêtre Francisco Félix de Souza, passionné des négoces, Pa Augustino de Souza a développé un important réseau commercial et entrepreneurial tout au long de sa vie.

Formé dans les écoles allemande et anglaise à Aného, il a débuté sa carrière comme maître- catéchiste notamment à Togoville et à Aného, avant son entrée dans l’administration en qualité d’Agent interprète et Commis des Travaux publics à Mango dans la partie septentrionale du Togo. Ses activités professionnelles l’ont aussi amené à travailler dans le secteur privé. En 1903, il a été embauché par la compagnie commerciale allemande Deutsche Togo Gesellschaft (DTG) et, après l’expulsion de cette société du Togo suite à la défaite des troupes allemandes lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), il monta avec succès sa propre compagnie d’Import-Export.

Désireux de multiplier et de développer ses activités commerciales et ainsi, diversifier ses sources de revenus, il s’est engagé dans le développement de palmeraies et de cocoteraies en acquérant de vastes domaines près d’Aného et dans la région de Lomé. Insatiable, dira-t-on ! mais la vision de Pa Augustino de Souza est de compléter ses investissements. Il a alors acheté par adjudication publique, les domaines fonciers allemands qu’il a, par la suite, transformés en cocoteraie. "Souza-Nétimé" « cocoteraie de Souza », très connu du public et situé près de la ville d’Aného et dans la région de Lomé, constitue l’un de ses vastes domaines plantés de palmistes et de noix de coco qui porte son précieux nom : Souza.

Ainsi, au fil des années, l’homme a accumulé de gigantesques fortunes à telle enseigne qu’il est devenu aux yeux de tous, le plus riche commerçant de l’époque au Togo.

C’est dans ce cadre qu’il a apporté une importante contribution à la naissance du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) auquel il a pleinement participé aux travaux d’installation et en devenir le premier président et Sylvanus Olympio, son vice-président. D’après plusieurs témoignages, pour se préserver des répressions de l’administration coloniale, la direction et les membres du CUT se réunissaient dans les vastes plantations de Pa Augustino de Souza.

Décédé le 25 avril 1960, deux jours avant la proclamation de l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio, son ami, disait ceci : « …sans la contribution du vénérable Souza dès les débuts de la lutte pour l’indépendance, le Togo n’aurait jamais pu arracher l’indépendance totale aujourd’hui et c’est pourquoi nous, peuple togolais tout entier, lui disons un grand merci pour cela. Que le vénérable Souza repose en paix et que son œuvre, si considérable, reste à jamais gravée dans nos esprits », in Histoire du Togo, La palpitante quête de l’Ablodé (1940-1960), de Godwin TETE.

Dans la mémoire collective des Togolais, les œuvres du patriarche Pa Augustino de Souza sont incommensurables. Quel est donc l’état de cette fortune laissée à ses héritiers ?

Fortune d’un patriarche bâtisseur…

S’il est difficile de donner une idée précise de la valeur estimative des biens laissés par Feu Augustino de Souza, selon nos informations, une évaluation financière ordonnée par les tribunaux, réalisés par des experts agréés (il y a quelques mois, concernant les biens exclusivement au centre-ville de Lomé), montre une valeur supérieure ou égale à 10 milliards de francs CFA.

D’ailleurs, aux dires de certains au cours de nos enquêtes, il semblerait que c’est autour des biens principalement situés au centre-ville de Lomé, qu’il y a de sérieux différends dont les tribunaux se sont saisis, opposant deux groupes d’héritiers coindivisaires.

Approchés, certains membres de la famille qui ont préféré garder l’anonymat, n’hésitent pas à citer plus d’une cinquante d’immeubles repartis sur l’ensemble du territoire national, entre autres à Lomé, à Aného, Atakpamé, Kpalimé et Tsévié. (En encadré une liste non exhaustive des biens).

Il convient également de souligner que la succession des juges commissaires et notaires dans le dossier n’a pas véritablement pas aidé la famille à connaître le dénouement de la liquidation actée depuis des années.

L’actualité judiciaire de la succession…

Comme annoncée dans notre précédente parution, la première actualité judiciaire de la famille concernait l’affaire impliquant la Notaire (Administrateur et Liquidateur) et certains membres de la famille.

Cette affaire a été plaidée le 13 août 2021. Face à face les deux avocats représentant la Notaire et l’avocat du groupe d’héritiers qui reprochait au Liquidateur de ne pas respecter le cadre légal de législation togolaise en matière d’inventaire et de Reddition de comptes, indispensable avant tout partage fût-il partiel.

La demande adressée au juge consistait à surseoir au projet de partage actuel non conforme à la loi, d’après certains membres de la famille, et d’essayer à ce que les diligences imposées par la loi soient correctement et régulièrement traitées. L’affaire est mise en délibéré pour une décision le 25 août 2021 (donc ce mercredi). Nous reviendrons dans notre prochaine édition sur le contenu et les conséquences de cette décision.

La seconde actualité, surement la plus cocasse, oppose un groupe d’héritiers coindivisaires qui se dit majoritaire à un autre groupe qui revendique le même qualificatif, tous issus de la famille de Souza. C’est cet autre groupe d’héritiers coindivisaires qui a pris l’initiative d’assigner les membres du premier groupe en justice au motif que les raisons et les arguments utilisés par ces derniers pour obtenir du Président de la Cour d’Appel, la révocation par Ordonnance de l’ancien Juge Commissaire étaient des contrevérités.

Le Tribunal de Lomé devra donc se pencher, le vendredi prochain, 27 août 2021, sur ce nouvel épisode judiciaire qui a tout l’air d’une revanche car, ce que veulent les (demandeurs), n’est ni plus ni moins l’annulation de l’Ordonnance du Président de la Cour d’Appel de Lomé qui a révoqué l’ancien Juge Commissaire et qui a procédé par la même occasion à la Nomination d’un nouveau Juge Commissaire en la Personne du Vice-Président de la Cour d’Appel. Les demandeurs espérant ainsi obtenir la réintégration de l’ancien Juge Commissaire pourtant accusé d’avoir « failli à ses obligations » et d’avoir « semé le trouble dans la famille », raisons pour lesquelles il avait été révoqué.

Feuilleton judicaire, sans nul doute, notre rédaction reviendra prochainement sur le sujet.

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