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Audiences foraines : Nathaniel Olympio interpelle le Gouvernement et saisit les Parlementaires


Audiences foraines : Nathaniel Olympio interpelle le Gouvernement et saisit les Parlementaires

Chantre de la fiabilité du fichier électoral au Togo avec l’ancien président Alberto Gerardo Olympio, le Parti des Togolais s’offre une nouvelle bataille, loin des contestations et autres revendications politiques, mais toujours dans la logique de satisfaction des aspirations des populations. Nathaniel Olympio, l’actuel président du parti a entamé une campagne pour la valorisation du statut de citoyen, à commencer par la reconnaissance de ce statut par l’État. Mais la procédure enclenchée par la DOSI soutenue par le HCRRUN est jugée « extrêmement grave » par M. Olympio qui souhaite une grande implication de l’État.

Au siège du Parti des Togolais, le 25 juin 2019, Nathaniel Erasmus Olympio, le président de ce parti a échangé avec les professionnels des medias sur les insuffisances observées dans la délivrance des pièces d’identité aux Togolais. « Dans certains pays, disait-il, l’effort de l’État consiste à délivrer gratuitement la première carte nationale d’identité. C’est une démarche qui montre que l’État se porte garant de la citoyenneté ». En se fondant sur les publications de la Francophonie indiquant que plus de 75% de Togolais n’ont pas d’acte de naissance et que les Togolais ne disposant pas de carte nationale d’identité sont estimés à plus de 85% de la population, le président du Parti des Togolais a alors lancé un appel au Gouvernement afin qu’il prenne les dispositions nécessaires pour délivrer un acte de naissance, un certificat de nationalité et une carte nationale d’identité aux Togolais et ceci, dans un bref délai. « Par les audiences foraines, on peut y arriver dans un délai raisonnable. C’est un devoir pour l’État togolais qui ne peut pas continuer de s’y dérober », avait-il déclaré en citant dans la foulée des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal, qui ont connu la même situation d’une majorité de la population ne disposant pas d’acte de naissance, mais qui ont apporté des réponses efficaces à cette situation par l’organisation des audiences foraines.

Cet appel, semble trouver un écho favorable auprès du Gouvernement togolais qui, à travers la DOSI, Délégation à l’Organisation du Secteur Informel, a organisé il y a quelques jours et dans un délai relativement court, des audiences foraines sur toute l’étendue du territoire national pour délivrer le certificat de nationalité aux Togolais. Profitant de l’occasion, dans une correspondance rendue publique le 11 septembre 2019, le HCRRUN, Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l'Unité Nationale a invité les membres bénéficiaires des compensations de sa base de données à participer à ces audiences foraines. La présidente de cette institution, Mme Awa Nana-Daboya, s’est engagée à leur rembourser les 5.000 Frs dépensés pour l’acquisition du certificat de nationalité. « Depuis quand le HCRRUN dispose-t-il d’un budget pour ce type d’opération ? », s’interroge le président du Parti des Togolais.

Quant à l’organisation des audiences foraines par la DOSI et le service de la Nationalité, deux services de l’État, et les conditions dans lesquelles ça s’organisait, Nathaniel Olympio s’est senti interpellé et a aussitôt saisi les Députés pour corriger ce qui doit l’être. « Quand j’ai vu ce sujet-là, d’abord, ce n’était pas la première fois puisqu’ils avaient déjà organisé un truc similaire au marché de Hedzranawoé il y a quelques jours avec le GF2D qui pilotait en partenariat avec la DOSI et quelques organisations. Mais cette fois-ci, quand j’ai vu deux directions de l’administration centrale se mettre ensemble pour lancer l’opération, ça m’a interpellé pour plusieurs raisons. Essentiellement les conditions dans lesquelles ça s’organisait. Parce que quand le Parti des Togolais continuait d’appeler l’État à faire les audiences foraines, il y a des conditions qui doivent être remplies pour que cette opération soit un succès », a déclaré Nathaniel Olympio avant de poursuivre que la première des choses qu’il faut, est que ce soit une initiative prise au sommet de l’État, c’est-à-dire lors d’un conseil des ministres
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Deuxièmement, il faut que l’État prenne soin de suspendre les frais liés à l’établissement de ces documents, vu que ces frais sont élevés. « Nous sommes dans une précarité économique et financière en ce moment et, les gens n’ont pas d’argent. Donc, il faut que l’État décide officiellement de l’organisation de l’audience foraine et suspende ensuite les frais d’acquisition de ces documents », explique le patron du Parti des Togolais.

Troisièmement, il faut que la conduite de ces opérations d’audience foraine soit menée par les deux ministères en charge de l’état civil, notamment le ministère de la justice et le ministère de l’administration territoriale. « On ne peut pas confier ce travail-là à des directions d’une administration. C’est un travail qui relève de l’État. Donc, il faut que ce soit des ministères qui conduisent cette opération-là », a-t-il souligné.

Quatrièmement, il faut une campagne de communication et de sensibilisation massive. Car, si il y a ce taux de 75% de Togolais qui n’ont pas d’acte de naissance, alors que l’État n’interdit pas les actes de naissance, c’est que les populations ne comprennent pas l’importance de ces documents. D’où la nécessité d’une campagne de communication et de sensibilisation pour que l’audience foraine puisse drainer du monde et que les gens viennent s’inscrire.

S’agissant de la responsabilité de l’État dans l’organisation des opérations d’audience foraine et le volet communication et sensibilisation, Christophe Tchao, l’ancien député et président du groupe parlementaire UNIR, majorité présidentielle, déclarait que « le législateur à travers la
loi n°2009 du 11 juin 2009, a placé l’état civil sous la tutelle conjointe du ministre chargé de l’administration territoriale et du ministre chargé de la justice. Ils sont chargés de l’organisation, du fonctionnement et du contrôle ». Aussi a-t-il ajouté que l’organisation des séances foraines d’état civil soit précédée d’une importante campagne d’information et de sensibilisation par les médias, les élus, l’administration, les ONG et la société civile, etc. « Il est aussi important que dans nos États, précise M. Tchao, soient créées des commissions mixtes de communicateurs spécialistes de l’état civil, afin de mettre en place une stratégie de communication visant à sensibiliser et conscientiser les groupes cibles pour un changement de comportement. Cette commission pourra également former les formateurs que sont : les médias, les associations et ONG, les chefs de traditionnels, les chefs de famille, les prêtres, pasteurs, imams, marabouts, les chefs des religions traditionnelles… ».

La cinquième condition posée par Nathaniel Olympio pour que les audiences foraines soient un succès, c’est que le délai consacré aux opérations soit suffisant pour absorber les 75% de Togolais. « Ce n’est pas ce que j’ai vu sur les affiches (de la DOSI, ndlr) où ils sont mis trois (03) jours… C'est de l'à-peu-près. Ce qui est encore grave, j’ai découvert sur le site de republicoftogo.com que cette audience foraine est adressée aux Zémidjans (conducteurs de Taxis-motos, ndlr) pour leur permettre d’avoir les documents pouvant les aider à faire le permis de conduire » fait noter M. Olympio. D’ailleurs, le communiqué du HCRRUN dissipe tout doute sur le but poursuivi dans la tenue de l’audience foraine par la DOSI. « Le HCRRUN ayant appris l’organisation des audiences foraines par le service de la Nationalité et la DOSI, en vue de la délivrance de certificats de nationalité aux demandeurs, en particulier les conducteurs de Taxis-motos, salue cette initiative visant à faciliter les démarches d'obtention de cette pièce d'identité indispensable aux compatriotes ».

Pour le président du Parti des Togolais, c’est extrêmement grave qu’on cible des gens, parce qu’on ne peut pas réduire une opération d’audience foraine à une catégorie spécifique de la population. Les gens qui n’ont pas besoin de permis, n’ont-ils pas besoin de carte d’identité ? se demande-t-il, ajoutant que les cinq conditions précitées sont indispensables pour la réussite d’une audience foraine. Pour cette rentrée académique 2019-2020 démarré le 16 septembre dernier, certains élèves se sont vu refuser l’entrée en classe pour défaut d’acte de naissance. Notre confrère africardv.com, un media en ligne togolais, a été témoin oculaire d’une situation regrettable dans l’enceinte du Complexe scolaire la Providence divine, situé à Bè-Kpota dans la banlieue Est de Lomé. « Afiwa Nougbléké, la cinquantaine, revendeuse de bouillie d’Akassa, mère de huit enfants dont la dernière, Eyram 9 ans, est interdite d’inscription. Eyram, qui devrait entamer en cette nouvelle rentrée, le Cours moyen deuxième année (CM2), regarde plutôt ses anciens camarades rentrer en classe sans elle. Et pour cause, sa maman ne retrouve plus son acte de naissance. Le directeur de l’établissement scolaire, pour cette année, se veut intransigeant, surtout pour les élèves en classe d’examen », rapporte le confrère.

Pour sauver la situation, le Parti des Togolais a envoyé un courrier aux présidents des groupes parlementaires, UNIR, UFC et NET-PDT pour que des initiatives louables soient prises sur le sujet à l’Assemblée nationale. « Un État qui ne reconnaît pas ses citoyens n’existe pas », souligne Nathaniel Olympio. Pour sa part, Christophe Tchao, l’ancien
président du groupe parlementaire UNIR déclare que « les pouvoirs publics doivent prendre en compte ce problème d’enfants sans identité, définir des stratégies et pouvoir des budgets conséquents à cet effet ». Ainsi, la responsabilité de l’État est engagée.

Sylvestre BENI

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