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Assassinat de Sylvanus Olympio Voici les noms


Assassinat de Sylvanus Olympio Voici les noms

13 janvier 1963- 13 janvier 2018, il y a 55 ans que le père de l'indépendance et premier président démocratiquement élu du Togo, Sylvanus OLYMPIO a été abattu par des individus dont l'identité et les motifs sont jusqu'à présent inconnus du public. Ce drame qui porte les griffes des individus qui courent toujours, a une influence sur la vie politique du pays du fait des zones d'ombre qui entourent le dossier. Qui a tué Sylvanus OLYMPIO et pourquoi ? Qui en sont les commanditaires ? Des questions auxquelles les Togolais n'ont toujours pas de réponses. Mais aujourd'hui, les langues se délient et les choses se précisent. Comme on pouvait le constater le samedi dernier avec deux manifestations politiques, pouvoir et opposition dans la rue, la date du 13 janvier est toujours au centre de toutes adversités politiques et de polémiques au Togo. Jour de la libération nationale pour le régime togolais, cette date du 13 janvier est plutôt pour l'opposition, le jour où la démocratie a été assassinée. Car, le Togo est rentré dans une sorte de tunnel sans bout, une routine politique faite d'élections, de contestations, de répressions et morts, puis élections. Et la fin de ce cycle infernal n'est pas pour demain vu les réalités politiques au Togo. Au-delà de la polémique autour de la fameuse date, l'histoire, sinon l'origine du 13 janvier reste un sujet de préoccupation pour les Togolais qui veulent réellement savoir ce qui s'est passé le 13 janvier 1963, où un président en exercice, Sylvanus Epiphanio Elpidio Kwami OLYMPIO a été assassiné. Premier coup d'état sanglant sur le continent africain, le premier d'une longue liste, hélas ! Mais qui en sont les auteurs et les commanditaires ? Cinq décennies plus tard, les diverses interrogations concernant cette tragédie n'ont toujours pas de réponses justes et vérifiables. «  Vers six heures du matin, un de mes hommes a entendu claquer la portière d'une voiture. Je me suis approché. C'était OLYMPIO. Il essayait de se cacher entre les coussins et le plancher. Je l'ai fait sortir de là, et je lui ai dit de marcher devant. Il a fait quelques mètres jusqu'au portail de l'Ambassade d'Amérique. Et là, il a refusé d'avancer. On a discuté. Il s'est mis à m'injurier. Il criait très fort. Le jour se levait et les gens commençaient d'arriver. Ça pouvait faire un incident. Alors j'ai tiré, » Paris-Match, janvier 1963. C'est de cette manière terriblement affreuse le général Gnassingbé Eyadéma, sergent Étienne Eyadéma à l'époque des faits, dans un des récits les plus émouvants, confesse avoir abattu de sang-froid et non par accident, le président Sylvanus OLYMPIO. Plus tard, début des années 90, le général Eyadéma se rétracte : Il n'est pas l'auteur du meurtre, peut-être un imposteur funeste. Le sieur Andoch Nutépé Bonin assurait que Eyadéma ne pouvait pas tuer Sylvanus OLYMPIO. Décédé récemment, en 2014, cet ancien conseiller et interprète personnel d'Eyadéma, écrivain, auteur du livre, « Le Togo, du Sergent en Général », a, au cours d'une rencontre avec la presse en 2010 à Lomé, déclaré : « Je travaillais à l'Ambassade d'Amérique en 1963 lorsque l'incident s'était produit. Et je crois que nous devons ensemble chercher les auteurs de cet assassinat que je considère comme une ombre qui plane sur le Togo et qui nous empêche de faire notre devoir. Je l'ai toujours dit, Eyadéma, petit sergent qu'il était ne pouvait pas tuer un OLYMPIO Quand j'ai découvert la contribution de l'Ambassadeur des USA, Léon Poullada dans l'assassinat, j'ai déposé ma démission et je suis parti de l'Ambassade ». Faut-il alors innocenter le général Gnassingbé Eyadéma dans cet assassinat ? N'est-il pas celui qui a tiré sur Sylvanus OLYMPIO comme il l'avait préalablement revendiqué ? Les éclairages de l'ancien Secrétaire d'État français à l'Intégration, le franco-togolais Kofi Yamgnane laissent aussi croire que le père de Faure Gnassingbé n'est pas l'auteur de l'assassin : « C'est l'adjudant-chef (Emmanuel) Bodjollé qui est l'auteur de l'assassinat d'OLYMPIO, » disait-il en 2009. Il faut rappeler que le soldat Bodjollé, était un compagnon d'armes du sergent Étienne Eyadéma. Doit-on véritablement croire aux déclarations de Kofi Yamgnane qui connait bien les officines de l'Etat français pour avoir pendant longtemps servi le président français François Mitterrand ? A-t-il brisé le secret-défense au sujet de la mort du père de Gilchrist OLYMPIO ? Ce qui est à noter est qu'une troisième voix disculpe le général Eyadéma dans le récit d'assassinat. En 2011, lors des audiences publiques de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR), Michel Néné Kombaté soutient que Gnassingbé Eyadema n'a pas le profil du criminel qui a logé des balles dans le corps du premier président togolais. « C'est M. PAUC qui a tué Sylvanus OLYMPIO, » a déclaré Michel Kombaté. L'homme qui se présente comme le neveu de Dina OLYMPIO, l'épouse du Président assassiné, a laissé entendre que le criminel, M. Pauc, est un soldat français de l'armée coloniale. Sauf que le nom d'un autre français : Georges Maîtrier, commandant de gendarmerie qui, à l'époque, semait la peur et la désolation en Afrique, est aussi cité dans l'histoire du meurtre. La conclusion est évidente : à chacun son assassin. Qui a tué Sylvanus OLYMPIO et pourquoi ? Qui en sont les commanditaires ? « Les tristement célèbres réseaux de Jacques FOCCART, le Secrétaire d'Etat français aux Affaires Africaines et Malgaches, fomentent le premier coup d'Etat sanglant de l'Afrique indépendante qui se solde par l'assassinat de Sylvanus Epiphanio Elpidio Kwami OLYMPIO, père de l'indépendance et premier Président démocratiquement élu du Togo. Le seul tort qui a valu que son sang soit impunément versé sur la terre de nos aïeux est d'avoir voulu arracher l'économie togolaise de sa subordination à l'Etat français pour la tourner vers la satisfaction des intérêts de son peuple à travers la création d'une monnaie nationale, premier attribut de souveraineté économique de tout Etat indépendant, » écrit en janvier 2018, le Parti des travailleurs de Claude AMEGANVI. Même si quelques questions ont trouvé des réponses plus ou moins fiables et convaincantes, l'essentielle demeure. Qui a tiré sur Sylvanus OLYMPIO ? On le saura un jour ou, jamais.   Sylvestre BENI

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