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Togo/Politique: La Covid pour noyer les contestations


Togo/Politique: La Covid pour noyer les contestations

Réunie en plénière, le mardi, 15 septembre 2020, l’Assemblée nationale togolaise a voté une double loi accordant à l’Éxécutif togolais le quitus de continuer à gouverner par ordonnances mais d’être aussi en droit de proroger l’État d’urgence sanitaire de six (06) mois. Une réalité qui en rajoute à la polémique selon laquelle le Gouvernement togolais ne cherche qu’à étouffer les manifestations politiques contre le régime de Faure Gnassingbé au sortir d’une élection présidentielle contestée par l’opposition.

L’accalmie observée depuis la dernière élection présidentielle du 22 février 2020, n’est pas aux yeux des Togolais, synonyme de paix, loin s’en faut ! Plusieurs initiatives ont été prises par des membres de l’opposition mais elles ont été toutes noyées du fait de la pandémie à coronavirus en plus des mesures de restriction de libertés établies par le pouvoir togolais dans le cadre de l’État d’urgence sanitaire décrété par le président togolais le 1er avril 2020 et souvent prorogé.

On se rappelle du récent appel de Foly Satchivi, premier responsable du Mouvement En Aucun Cas. Ce politicien en herbe déclarait il y a quelques semaines être mandaté par l’ancien Premier ministre togolais Dr Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, candidat de la Dynamique Monseigneur Kpodzro, rentré depuis au maquis, de prendre les flambeaux de la lutte pour réclamer la vérité des urnes à l’issue des élections du 22 février 2020. Puis, ce jeune politicien a annoncé la tenue de gigantesques manifestations les 11 et 12 septembre dans 18 pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique. « L’objectif de ces manifestations est de demander aux responsables de vos pays d’accueil de cesser toute collaboration avec ce régime déchu et d’arrêter de leur servir de gilet par balle », dixit Foly Satchivi à l’endroit de la diaspora avant de préciser qu’« en Europe, ces manifestations auront lieu en Allemagne, en France, en Belgique, en Suisse, en Angleterre et en Italie. En Amérique, elles sont prévues pour se tenir aux USA, au Canada et au Brésil. En Afrique, les manifestations se dérouleront au Nigeria, au Ghana, au Mali, au Niger, au Bénin, au Burkina-Faso, au Sénégal, au Gabon et en Côte d’Ivoire ».

Comme on peut le remarquer, le territoire national n’a pas été cité et ainsi, le Togo n’a pas connu les dernières manifestations des Togolais pour la vérité des urnes. La cause est très simple.

Depuis les élections du 22 février 2020, le pays est devenu plus militarisé que jamais avec des véhicules blindés de la police et de la gendarmerie postés au grand carrefour du pays, sans oublier une présence accrue de militaires à des endroits stratégiques. Puis, avec l’instauration de l’État d’urgence sanitaire, souvent prorogé par le Gouvernement togolais, d’aucuns y ont trouvé une manière d’étouffer les manifestations pacifiques publiques. Ceux qui tenteront de manifester, se retrouveront en prison, avait menacé l’ancien patron de la Force anti-Covid, le Lieutenant-colonel Yaovi Akpaoul. Son successeur, le Colonel Kodjo Amana se veut lui clair, en citant une disposition du Nouveau Code pénal, l’article 847 qui stipule que « Quiconque contrevient aux mesures obligatoires d’hygiène et de prophylaxie prises par décret sur proposition du Ministre chargé de la Santé, instituant l’état d’alerte sanitaire dans une localité ou une région pour une période déterminée et renouvelable au besoin, est puni d’une peine d’emprisonnement d’un (01) à six (06) mois et d’une amende de cent mille (100.000) à deux millions (2.000.000) de francs CFA ou de l’une de ces deux peines ». En dehors, ces dispositions juridiques, l’État togolais avait déjà annoncé l’interdiction de toutes activités politiques, même associatives dans le pays d’où le délogement des membres du Mouvement Conscience Mandela par des gendarmes armés, le 18 juillet 2020 dans un Hôtel à Lomé au moment du lancement officiel des activités de ce Mouvement qui veut promouvoir la non-violence et la culture de paix.

Toutes ces mesures étant déjà contraignantes pour le peuple d’une manière générale, les militants et sympathisants des partis d’opposition sont particulièrement encore plus surveillés comme du lait sur le feu, notamment ceux de la Dynamique Monseigneur Kpodzro qui aujourd’hui, aiment se faire entendre, sans oublier la croix que portent depuis le 19 août 2017, des militants du PNP, dont certains comme, les sieurs Arouna Yaya, Abdou Takpa Nahim, Libra Koffitsé, etc. sont poussés hors de l’espace public, c’est-à-dire qu’ils sont rentrés dans la clandestinité pendant que d’autres sont obligés de raser les murs pour survivre.

Toutes ces réalités apportent de l’eau au moulin à tous ceux qui pensent que le Gouvernement togolais profite bien de l’avènement de la crise sanitaire pour étouffer dans l’œuf, toute velléité de contestation du régime. Cependant, c’est devant toute la batterie de lois et autres mesures restrictives des libertés sous le sceau de l’État d’urgence sanitaire, que des femmes de Sokodé, exaspérées par toute sorte d’interdictions liées à la Covid-19, ont manifesté leur colère dans cette région du pays située dans la préfecture de Tchaoudjo.

A quand donc la fin de la Covid-19 pour être libre, beaucoup s’impatient.

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