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Afrique: la religion musulmane à l’épreuve du fondamentalisme


Afrique: la religion musulmane à l’épreuve du fondamentalisme

Théâtre des conflits fratricides et meurtriers sous le sceau de la religion, le continent africain vit dans ce 21e siècle, une situation périlleuse, très douloureuse à cause de la floraison des partisans de la vision traditionnelle de la religion chez les musulmans. Une situation qui déteint sur la vie sociale et d’ailleurs la prend en otage. Ainsi, pour quelques fondamentalistes musulmans, la vie humaine n’a quasiment plus de sens, pourvu que les préceptes religieux soient "respectés". Une conception qui aujourd’hui, vire au drame.

Considérée comme l’une des vieilles religions sur le continent africain, la religion musulmane reste profondément attachée à ses traditions et à la culture. Ainsi, des pratiques anciennes se transmettent de génération en génération, justement par des anciens qui tiennent à garder malgré le vent de la modernité, des coutumes acquises des ancêtres. Dans ce contexte, en dépit du tollé général, peut-être un visa de la modernité contre certaines pratiques dont l’excision de la jeune fille et le mariage précoce et/ou forcé, beaucoup demeurent ancrés sur les traditions, très décidés malgré le risque de tomber sous le coup de la loi.

Au Togo, le mariage forcé de l’enfant est puni par un (01) à trois (03) ans d’emprisonnement et une amende de cent mille (100.000) à un million (1.000.000) FCFA. Quant aux mutilations génitales féminines, elles sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq (05) années emprisonnement et une amende d’un million (1.000.000) FCFA. Mais, malgré l’arsenal juridique de plusieurs Etats et surtout l’engagement de la société civile et des organisations internationales contre ces pratiques surannées, excision et mariage précoce et/ou forcé, elles persistent dans nombre de pays, certains justifiant cet état de choses par des contraintes sociales.

En effet, dans certaines contrées du Togo, où sévissent la misère et la faim, le mariage forcé de l’enfant résiste alors qu’il est interdit par l’article 267 du code de l’enfant qui fixe l’âge de la nuptialité à 18 ans révolus ou à 16 ans sous réserve de l’avis du Président du tribunal de première instance. Si certaines familles, sous l’influence de richissimes prédateurs de jeunes filles, s’adonnent à la pratique pour se fuir de leur précarité, ou de leur difficile condition de vie sociale, d’autres par contre, disent garder la vision traditionnelle de la religion musulmane et souvent, ce sont les jeunes filles qui deviennent les principales victimes de la situation.  

On se rappelle de l’histoire de la jeune togolaise Malam Faridatou qui a subi une véritable croix de la part de sa famille biologique après sa décision et son défi de n’épouser que l’homme de son choix qui, diantre, n’est pas musulman.

Promise par ses parents à un vieux vicieux musulman, riche mais soufrant selon les informations, la jeune Faridatou qui refusait ce mariage, avait son petit cœur non musulman qu’elle fréquentait à l’insu de ses parents et le comble, elle fut tombée enceinte de ce dernier, un homme du showbiz, un mouvement décrié et considéré en Islam comme du "harem" (péché). Alors, pour les membres de sa famille, c’est un déshonneur, un véritable affront, une ignominie déversée sur la famille et Faridatou doit payer pour son étourdissement même au prix de sa vie. Beaucoup en sont décidés. D’après nos informations, après la fuite de la maison familiale aidée par son compagnon, soit le père de la grossesse, la jeune s’est fait prendre un matin dans une ville du nord du pays, par un membre de sa famille qui la menaçait de mort, de l’« étrangler » sans remords, estimant qu’il la cherchait depuis parce qu’elle a couvert la famille d’opprobre en s’alignant avec un « mécréant ». C’était en février 2016. Des altercations, la jeune Faridatou qui, entretemps a accouché d’une fille, n’a eu la vie sauve que grâce à l’intervention des témoins de la scène. Depuis ce jour, elle a encore disparu…

Ces scènes sont quasi fréquentes d’autres pays africains, pourquoi pas au Nigéria où la religion musulmane reste dominante et où la pratique du mariage précoce et ou forcé demeure d’actualité. La lecture et la conception fondamentalistes des prescriptions religieuses font perdre le nord à certains pratiquants de la religion, qui finissent dans les cas extrêmes, à souiller leurs mains du sang des innocents. Aussi n’arrivent-ils pas à tolérer les actions de tous ceux qui, fussent-ils musulmans ou non, tentent de se lever contre les mariages forcés et les mariages des mineures. C’est le cas tel que nous l’évoquions il y a quelques semaines, du jeune journaliste togolais Issifou Youchaou, officiant à l’époque des faits sur la RTJ, Radio télévision Jabal Nour, une chaine confessionnelle installée à Lomé. Dénonçant les mariages précoces (mariages forcés) dans l'une de ses émissions, et donnant l'exemple de Aladji Boukouni résidant à Aflaou, un monsieur qui a toujours envoyé nombre de ses petites filles en mariage avant que ces dernières n'aient l'âge requis, Aladji Boukouni a juré ciel et terre d’en découdre avec ce jeune journaliste.

Menacé de « mort » d’après la famille du confrère, Issifou Youchaou a échappé le 06 octobre 2012 à une tentative d'enlèvement. Le richissime Aladji Boukouni est soupçonné d’être derrière la manœuvre. Devant cette situation qui devenait incontrôlable, le jeune journaliste Youchaou a précocement abandonné sa carrière pour rentrer définitivement dans la clandestinité.

Ainsi, la culture du fondamentalisme dans les religions, surtout dans la religion musulmane, risque de perpétuer des conflits fratricides dans les familles si des efforts ne sont suffisamment faits pour moraliser au maximum les religieux.

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